Nouvelles

Le château de Valdoré

10 12 2008 - 16:04 - monica

Vous aimez les courts récits ? En voilà un tout nouveau, rien que pour vous ! Bonne lecture…

Un château ravissant avec deux tourelles aux murs mangés de lierre et tuiles roses, de petites fenêtres, avec de jolis balcons ronds. Bref, une demeure charmante, comme on en rêve, nichée au cœur d’un parc sauvage, plein de saules, de marronniers, et de roses. Deux sœurs jumelles y sont nées. Elles y habitent. Elles se ressemblent tant qu’on les confondrait presque, si l’une n’était l’incarnation de la douceur et de la gentillesse, tandis que l’autre, a la malice et la perfidie d’une peste.
Louison est une jeune fille sage, tranquille, plutôt introvertie. Louisette, au contraire, est pleine de tempérament, d’inventivité, et ne tient pas en place. Au point que ses parents sont soulagés, lorsqu’elle leur annonce son intention de s’inscrire à la fac, à Paris.


C’est que Paul et Juliette, pourtant patients, n’en peuvent plus de ses frasques et se disent qu’au moins, là-bas, elle n’alimentera aucune chronique locale ! La capitale, ce n’est pas Aurillac ! Elle pourra défrayer la chronique tant qu’elle voudra, personne ici ne s’en offusquera ! Bref, la tranquillité. C’est un peu égoïste certes, songent-ils, mais ce sera mieux ainsi. Il faut dire qu’on est en Auvergne, dans les années 50 et que la province, à cette époque, n’est guère indulgente envers les jeunes personnes un peu trop délurées. Bref, Louisette fait ses bagages et part faire ses études à Paris. Quand, quelques années après, elle revient s’installer dans le Cantal, mariée à un jeune cadre de banque, tout le monde est ébahi de sa transformation. Elle est devenue une jeune femme charmante et épanouie et mène une vie tranquille, dans une jolie maison au centre de la ville. Louison, entre-temps, s’est aussi mariée à un ingénieur plein de promesses… Les deux jeunes couples mènent une vie tranquille et s’entendent bien.

Les jumelles semblent si bien réconciliées que toute la famille parle de miracle. D’ailleurs, elles tombent enceintes en même temps et le hasard ou la destinée, allez savoir, les fait accoucher le même jour, de deux fillettes, qui se ressemblent autant que leurs mamans ! Les grands parents sont aux anges, les deux bébés sont ravissantes, blondes aux yeux bleus, dont les fossettes enjôleuses enchantent tous les visiteurs de la maternité.

On nomme les enfants, comme pour prolonger la tradition familiale, « Marion » et « Mariette ».
Trois ans passent. Marion et Mariette jouent souvent ensemble dans le parc familial. Paul est décédé entre-temps et Juliette vit seule au château avec Louison, dont le mari est souvent appelé à l’étranger, pour des missions lointaines. Tout semble aller si bien que personne ne peut imaginer qu’un bonheur aussi tranquille puisse s’assombrir. Mais de sombres nuages se rassemblent pourtant en silence dans un coin du ciel. Sans que personne, ni Juliette, ni Louison, ne soupçonnent rien. Et pourtant, depuis une semaine, l’absence prolongée de la petite Mariette contrarie les deux femmes. Elles s’ennuient de la charmante gamine, sans parler de Marion, qui, contrainte de jouer toute seule, se montre capricieuse. Mais Louisette les a rassurées, la petite est chez sa grand-mère paternelle, au bord de la mer, en Bretagne et tout va bien ! Un mois passe. Juliette et Louison commencent, sans rien dire, à trouver un peu longue l’absence prolongée de Mariette, même si Louisette les rassure régulièrement. Un jour, cependant, elles n’eurent plus le loisir de s’inquiéter, tant le drame qui arriva les bouleversa.

C’était la Toussaint. Il avait plu tout le mois d’octobre et chacun se réjouissait de voir que ce jour-là, des rayons de lumière dorée filtraient bravement à travers les nuages gris et noirs qui moutonnaient encore au-dessus des tours jumelles. Le parc était noyé sous les feuilles mortes mouillées, mais la nourrice avait cru bien faire en autorisant Marion à jouer dans les allées où son tricycle faisait des « ploufs » et des « plafs » joyeux en traversant les flaques brillantes laissées par la dernière averse.

La nourrice avait juré ses grands dieux qu’elle n’y comprenait rien, qu’elle n’avait pas cessé de surveiller la petite, même quand le jeune et nouveau facteur avait fait la causette avec elle. Que ce n’était pas sa faute, si l’enfant avait soudain disparu dans le parc, sans laisser la moindre trace. On avait retrouvé le tricycle rouge renversé, une trentaine de mètres plus loin, derrière un buisson. C’est tout. La police, aussitôt sur les dents, avait passé le parc au peigne fin, fouillé chaque recoin, dragué le petit lac aux berges incertaines et envahies de plantes aquatiques. Mais rien, Marion resta introuvable. Malgré les grands titres dans la presse et les affiches collées sur tous les arbres de la ville. La consternation abattit les deux femmes, la mère et la grand mère en larmes supplièrent sur les ondes que le ravisseur veuille bien leur rendre l’enfant. Qu’il pouvait demander une rançon, qu’on la lui donnerait sur l’heure, rien n’y fit. Le téléphone demeura désespérément muet. Et la police rangea le dossier.

Au plus profond de leur détresse, Juliette et Louison apprécièrent la présence de Louisette à leur côté, qui ne cessait de les réconforter et de tenter de leur remonter le moral comme elle pouvait. Les pauvres femmes étaient si épuisées par le chagrin qu’elles n’eurent pas le temps de s’inquiéter de l’absence décidément prolongée de Mariette qui, d’après Louisette, était bien mieux là-bas, en sécurité en Bretagne ! Etaient-ce les larmes, le chagrin, la détresse morale ? Il est vrai que personne, à l’époque, n’eut l’idée d’appeler la vieille dame pour s’enquérir de l’enfant. La disparition brutale de Marion plongea sa mère dans un chagrin sans fond que son mari, désespéré, ne put combler. Si bien, qu’elle fut bientôt emportée par une dépression, dont elle ne semblait plus pouvoir émerger.

Un soir de février peut être encore plus triste que les autres jours, la bonne la retrouva pendue dans le grenier. La pauvre Juliette, dont le cœur fragilisé par une telle suite de catastrophes n’avait plus la force de battre, suivit promptement sa fille dans la tombe, et au printemps suivant, le château qui résonnait encore, l’an passé, des cris joyeux des fillettes dressaient ses grilles noires et fermées devant les visiteurs égarés. Le parc sembla se refermer sur la demeure, comme pour mieux la faire oublier. De Louisette, plus de traces. On apprit que son mari avait donné sa démission à la banque. Et les années passèrent, enfouissant sans doute à jamais dans les brumes de l’oubli l’histoire mystérieuse et tragique du château de Valdoré qui, comme celui de la Belle au Bois Dormant, semblait chaque année davantage sombrer au sein d’une nature sauvage, décidée à reprendre ses droits. Le jardin disparut peu à peu, englouti sous une végétation dense. Vingt ans passèrent, sans que Louisette daigne jamais réapparaître. On l’oublia tout à fait. Puis, un beau jour, la secrétaire de l’étude notariale du village reçut une lettre qui contenait une enveloppe marron, dûment cachetée, portant la mention « à n’ouvrir qu’après ma mort » et signée de la main d’une personne prétendant s’appeler Louisette du Valdoré.

-Louisette de Valdoré ? Interrogea la jeune femme, en s’adressant à sa collègue. Cela vous dit quelque chose ?
Celle-ci n’étant pas née dans la région, ignorait tout de la triste histoire qui avait fait la une des journaux, quelque vingt ans auparavant. Mais sa collègue qui frisait l’âge de la retraite, elle, se souvenait parfaitement.
-Valdoré, tu dis ? Mais bien sûr, que je me souviens. Une tragédie ! On n’a plus jamais entendu parler de la jumelle survivante, ni de sa fille. Montre un peu. C’est bien ça. Louisette, ça alors ! On peut s’attendre à voir un rebondissement inattendu dans une affaire qui demeure aujourd’hui encore, bien mystérieuse !
Mais, la secrétaire avait sans doute parlé trop vite, et la brave femme prit sa retraite, avant de pouvoir satisfaire sa curiosité. Sa collègue déménagea et tout le monde oublia une nouvelle fois le château du Valdoré. L’enveloppe, quant à elle, disparut dans un dossier, espérant un dénouement que nul n’attendait plus.
Un jour, dix années plus tard, une jeune femme blonde et ravissante aux prunelles aussi bleues qu’un ciel de Provence, poussa la porte de l’étude. Elle expliqua au clerc, un jeune homme d’à peine vingt-cinq ans, que sa mère venait de décéder et qu’elle lui avait dit sur son lit de mort, dans un dernier soupir, qu’elle trouverait ici la clef de sa vie, dans l’étude de maître N…. qui possédait dans ses tiroirs son testament. Elle lui tendit sa carte d’identité. Celui-ci la lut sans sourciller et lui demanda de s’asseoir un moment.
Au bout de plusieurs longues minutes, le jeune clerc revint, le visage soucieux et lui demanda de fixer un rendez-vous avec la secrétair pour la semaine suivante.

-Madame de Montbreuse, Marion ? C’est cela ? Demanda la jeune femme, en tapant son identité sur le clavier de son ordinateur. Eh bien, mardi, 15 heures, cela vous convient-il ?
-Très bien, répondit la jeune femme au visage lumineux.
Après son départ, le jeune clerc resta un moment interdit, planté au milieu du bureau, comme si la foudre venait d’y entrer.
-Vous vous sentez bien, Luc, lui demanda sa collègue ? On dirait que cette femme vous a fait l’effet d’une revenante.
-N’avez-vous jamais entendu parler du château de Valdoré ?
-Vous parlez du château hanté, je suppose ?
-Oui.
-Eh bien ?
-Vous avez lu le nom de jeune fille de cette femme ? Valdoré ! C’est incroyable, non ?

La jeune femme, le sourcil gauche relevé, regardait son collègue sans comprendre.

-Heu, non, je ne vois pas, qu’y a-il d’anormal ? Quand bien même, elle serait l’héritière de cette maison, cela me fait une belle jambe et ne va pas améliorer mon salaire, vous savez.
-Sans doute, sans doute ! Il est vrai que vous n’êtes pas d’ici et que l’histoire de ce manoir ne vous dit rien. Mais il a été le théâtre, il y a plus de trente ans, d’une sombre tragédie. Alors, voir le nom de ce château de sinistre mémoire, resurgir brutalement, c’est incroyable. J’irai demain à la bibliothèque, pour consulter les journaux de l’époque. Au moins, nous en saurons plus sur le passé ténébreux de cette dame.
-Si vous n’avez rien de mieux à faire, cela vous regarde, lui rétorqua sa collègue, le regard absent, tout en posant machinalement un paquet de pages blanches dans son imprimante.

Le jeune clerc, qui n’avait jamais trouvé sa collègue très sympathique, leva silencieusement les épaules et retourna à son bureau, bien décidé à élucider cette affaire.
Le lendemain était un jeudi. Avec la permission de son patron, il déjeuna sur le pouce et se rendit dès l’ouverture à la bibliothèque, où l’on pouvait consulter sur ordinateur les pages des principaux journaux de la région parus depuis près de quarante ans. Il avait auparavant questionné sa mère et pensait qu’il pourrait trouver son bonheur en feuilletant les unes des années 65 ou 66, aux alentours de la Toussaint. Il n’était pas assis depuis cinq minutes, qu’il ne put s’empêcher de pousser un « Bingo » retentissant, qui fit sursauter la jeune fille qui était assise à côté de lui. Sur l’écran muet, s’étalait en noir et blanc le portrait d’une poupée ravissante aux boucles blondes sous un titre énorme : L’enfant disparue ! Appel déchirant de la mère aux ravisseurs ! Et en dessous, on pouvait lire une légende en gros caractère :» qui a enlevé Marion ? » Le journaliste racontait dans l’article qui suivait les circonstances mystérieuses de la disparition de la petite, les déclarations embarrassées de la nourrice, le chagrin de la mère et de la grand-mère, etc…
Le jeune clerc en tira une copie et cliqua sur la souris pour voir défiler les numéros des jours suivants. Tous relataient la suite du drame, l’inexplicable disparition, dont le mystère s’épaississait de jour en jour. Puis, plus rien sur l’affaire. Comme si l’actualité avait d’autres chats à fouetter, maintenant qu’il était clair qu’on ne retrouverait jamais l’enfant. Le jeune homme passa en revue tous les numéros des semaines suivantes, puis tomba sur une nouvelle photo de la gamine, à côté de celle d’une jeune femme qui ressemblait presque trait pour trait à la visiteuse de la veille. Cette fois, il fit un bond qui faillit renverser sa chaise. M…. alors ! Sous la photo, un titre macabre annonçait le suicide par pendaison de la jeune femme.

L’article poursuivait sur le chagrin de la pauvre femme qui n’avait pas supporté la disparition mystérieuse de sa fille. Une interview de la nourrice, devenue femme de chambre au château maudit, donnait des informations toutes plus émouvantes les unes que les autres. Le chagrin de la mère à la une était poignant. Le lendemain, on voyait des photos de l’enterrement et les larmes de la vieille grand-mère faisaient la une du quotidien.

Le jeune homme frissonna devant ces pages qui sacrifiaient au voyeurisme vulgaire d’une clientèle avide de faits divers épouvantables. Par acquis de conscience, il continua de consulter la une du quotidien régional et fit défiler les jours, les semaines et les mois. Novembre, décembre, janvier 1965 n’amenèrent rien de nouveau. Puis, Février remis à la une de l’actualité toute la série de photos qui résumait la macabre histoire du manoir de Valdoré, laquelle, disait le journaliste, trouvait dans la mort de Mme Juliette du Valdoré son point final, du moins, le croyait-on à l’époque. Le jeune clerc fit des copies de tous ces articles et ramena sa moisson macabre à l’étude, pour la présenter à son chef….

Cette nouvelle vous plaît et vous avez envie de connaître la suite ? Elle est trop longue pour tenir sur une seule page. Alors, merci de revenir à la page d’accueil de ce site, pour lire la suite. Votre Monica.

, le 10 12 2008 - 16:04

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