NouvellesLe château de Valdoré (2ème partie)10 12 2008 - 16:03 - monica
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-En voilà une histoire ! S’écria le premier clerc. Et vous dites que la cliente qui s’est présentée hier à notre étude s’appelle de son nom de jeune fille, Marion du Valdoré. Le jour fatidique, le mardi, à l5 heures, la dame blonde fit son apparition dans l’étude notariale du village, pile à l’heure. Quelle ne fut pas sa surprise de voir l’attroupement qui noircissait le trottoir, juste devant la porte de l’étude du notaire. Des journalistes tendaient leur micro devant elle, et se bousculaient pour le lui mettre sous le nez. Des questions crépitaient auxquelles elles ne comprenait rien. On l’appelait par son nom de jeune fille, on lui demandait des nouvelles d’une enfant disparue, si elle connaissait les ravisseurs, etc… Elle eut toutes les peines du monde à se frayer un chemin jusqu’à la porte en verre, devant laquelle l’attendait un monsieur à la calvitie prononcée et au ventre proéminent. Le notaire, sans doute. Celui-ci, d’un ton autoritaire, fit taire tout le monde et annonça en entourant les frêles épaules de la jeune femme d’un geste protecteur, qu’il donnerait, avec son assentiment, un bref compte-rendu de l’affaire à la presse, une fois le testament de sa cliente ouvert. La porte se referma sur le couple et les journalistes s’empilèrent quasi sur la porte, tous soucieux de se trouver aux premières loges, lorsque celle-ci se rouvrirait sur la levée d’un mystère qui remontait à trente-neuf ans ! À l’intérieur du bureau du notaire, Marion apprécia le silence feutré qui contrastait de manière saisissante avec la foule hurlante qu’elle venait de quitter. Un clerc apporta une chemise brune dont il fit sortir une enveloppe de papier kraft, fermée par un lien de raphia. Lequel était collé à l’enveloppe par un sceau de cire rouge, ce qui donnait un relief supplémentaire à la solennité du moment. -Vous êtes la seule héritière de votre mère. Nous n’avons pas retrouvé d’autres parents. Vous le savez, je pense. Le silence dans l’étude était pesant. Le notaire se saisit de l’enveloppe brune comme si elle lui brûlait les doigts. Tous dans le bureau, le Premier clerc, le jeune assistant, la secrétaire, étaient silencieux et retenaient leur respiration. Marion les regardait, sans comprendre. Visiblement, se disaient-ils, elle ignorait tout du drame survenu dans sa famille, près de quarante ans auparavant. Celle-ci fit signe au notaire qu’il pouvait trancher le mince lien de raphia et décacheter l’enveloppe. Il en sortit plusieurs feuillets couverts d’une écriture serrée, comme si la défunte avait eu hâte de confier son secret à sa fille. Le document commençait par le traditionnel : « ceci est mon testament ». La maman de Marion lui révélait toute l’histoire de sa naissance et de sa petite enfance. Et lui disait qu’elle était l’héritière légitime du château de Valdoré et lui demandait de le restaurer et de rétablir le parc dans sa beauté d’autrefois. Puis, venait une émouvante, une terrible confession. Marion pâlit. Et se sentit défaillir. L’entrée en matière « tu n’es pas ma fille, mais ma nièce, la cloua littéralement sur son fauteuil. La suite acheva de la pétrifier : « Ma fille Mariette est décédée, continuait la voix forte du notaire, en sa sixième année, d’une maladie aussi soudaine qu’impitoyable, qui l’emporta en quelques semaines., me laissant anéantie. Devant cette injustice du sort je résolus de le corriger à ma manière. Ma sœur jumelle Louison avait une fille, toi Marion ma nièce, qui ressemblait trait pour trait à ma pauvre petite Mariette. Et l’idée de te substituer à elle s’imposa à moi. Comme j’avais effectivement envoyé Mariette chez sa grand-mère, où elle s’est éteinte dans l’anonymat, je pouvais sans difficulté te substituer à elle. C’est ainsi qu’un jour où ta nourrice faisait le joli cœur avec le facteur, je t’enlevai dans le parc du château de ma mère et te conduisis chez moi, où tout le monde te prit naturellement pour Mariette, soudainement revenue de Bretagne. Dans les bouches, autour de moi, cependant, il n’y avait que le bruit de ta mystérieuse disparition, c’était insupportable. Je passais mon temps à remonter le moral de maman et de Louison, dont je comprenais le chagrin, puisque je venais de vivre le même terrible coup du sort. J’espérais qu’avec le temps, le chagrin de maman et de ma soeur allait s’atténuer, mais rien n’y fit. Je craignais en outre, si je te faisais réapparaître sous le nom de Mariette, pour apaiser leur tristesse, qu’elles ne découvrent le pot aux roses. Et puis, toi aussi, tu pouvais parler, tu étais très éveillée pour ton âge et raconter le jeu que je t’avais proposé et où il était question d’échanger vos prénoms avec ta cousine disparue.Car, si aux yeux de tous, tu ressemblais à s’y méprendre à ta cousine, je savais qu’on ne trompe pas aussi aisément le regard d’une mère. C’est pourquoi, par prudence, je résolus de déménager dans une ville où ni toi, ni moi, n’étions connues… Et où tu pouvais reprendre ton prénom, car même un jeu a une fin. Le fait que ta cousine et toi portiez à l’état civil, les mêmes prénoms : Marion -Mariette pour toi, et Mariette – Marion pour ma fille, me facilita les choses… Ma sœur et moi, à l’époque de vos deux naissance, avions trouvé drôle de brouiller ainsi les pistes. Vous vous ressembliez tellement, autant que nous ! Cependant, ton oncle, qui ne pouvait accepter de partager mon secret, demanda le divorce et je ne le revis plus. Peu de temps après, hélas, ta mère se suicida et ta grand-mère fut emportée par le chagrin. Voilà, tu sais tout à présent. C’est une bien triste histoire, et je préfère ne pas songer à l’idée que tu te fais de moi. J’ai bien du mal, moi-même, à me supporter. Mais on ne refait pas le passé. Tu peux rechercher ton véritable père, je ne sais pas ce qu’il est devenu. Il était à l’étranger, lors de ta disparition, et nous avions déjà quitté la France, lorsqu’il a appris ton enlèvement. Je sais que tu vas me prendre pour un monstre. Mais sache que je ne regrette rien. Tu m’as donné un bonheur merveilleux, ma vie durant. Je t’ai aimé de tout mon cœur, comme j’aurais aimé Mariette, si le sort injuste avait voulu qu’elle vive. Je ne me sens pas responsable des malheurs qui, par la suite, se sont abattus sur notre famille. C’était le destin de ta mère de mourir si jeune, comme ce fut le mien, de perdre mon enfant. Nous n’y pouvons rien. Sache seulement que je t’ai aimée de tout mon cœur, même si je doute que tu puisses jamais me comprendre et me pardonner. Malgré tout, Valdoré te revient de plein droit. J’en ai toujours acquitté fidèlement les taxes. Profites en bien, ma chérie, en souvenir de ta grand-mère, de ta mère, de ta tante et de ta cousine, qui toutes, t’ont toujours tendrement aimée. -Voilà Madame, la lecture du testament de votre mère, enfin de votre tante, pardonnez-moi, s’achève. Si vous l’acceptez, vous héritez donc de Valdoré, de tout son mobilier et des terres agricoles attenantes, vingt-cinq hectares, en tout. Il n’y a aucun doute là-dessus, puisque vous étiez la fille légitime de Louison. Pour le reste, (le notaire se gratta la gorge), je vous souhaite bien du courage. Il est parfois difficile d’accepter la réalité, quand elle se présente sous un jour aussi, disons, invraisemblable. Mais il vous reste peut-être une chance de retrouver votre père. Le notaire se leva. , le 10 12 2008 - 16:03 |




