Noël au Paradis
14 12 2006 - 17:52 - monica
Vous savez que votre Monica a ses grandes et petites entrées au Paradis, et qu’elle vous a déjà permis de faire la connaissance de Dieu et des son alter ego (et ami !) Satinou. Dans la même verve, (et pour rire !) voici une autre nouvelle, où nous retrouvons nos deux compères.
Au 7 ème ciel, où résidait Dieu en général, (et où siégeait toute son administration !) se trouvait une montagne qui flirtait avec le ciel, tant elle se perdait dans les nuages. Là, séjournait Dieu et quelques favoris, mais la maison était si vaste que chacun pouvait s’y isoler comme il le souhaitait. Sur une terrasse revêtue d’un marbre gris perle, tendrement veiné de rose, Satinou, (son ami de cœur et son favori, parmi les favoris), avait le blues. Il s’était pourtant assis au pied d’un immense sapin de Noël, constellé d’étoiles et qui scintillait de mille feux.
Tristement recroquevillé parmi les cadeaux soigneusement emballés dans des papiers brillants, il n’avait le coeur à rien, même l’ambiance de Noël n’arrivait pas à le dérider. C’est alors que Dieu fit son entrée, plein de grâce et de bonne humeur. Il affectionnait de se montrer à Satinou, sous les traits d’une agréable jeune femme blonde, au délicieux sourire. Dieu dénicha son ami roulé en boule, parmi les guirlandes.
-Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette !
-Non, c’est Noël ! –
-Et alors ?
-Et alors, vous me le demandez ? Mais c’est pourtant clair !
-Explique-toi, mon cher Satinou, car je ne te vois aucune raison particulière de faire la tête.
-C’est simple, je vous aime, Moi !
-Oui, je sais, tu parles d’un scoop !
-Eh bien, c’est Noël, une époque de l’année où tout le monde devrait sourire, être en fête et heureux !
-Oui, et alors ?
Satinou bredouilla quelque-chose d’inintelligible.
-Je n’ai pas compris, tu peux répéter ?
-Si, vous savez bien !
-Que tu es malade, parce que je vais être triste, comme tous les ans, au jour anniversaire de l’arrivée sur Terre de mon Jésus ?
-Satinou se réfugia dans les bras accueillants de son Amie.
-Voui.
-Allons, sèche tes larmes, je te promets que cette année, je vais essayer d’être moins sensible au malheur du monde.
-J’ai peur aussi que Vous me rendiez responsable de tout ce qui cloche chez les humains. Vous savez bien que ce n’est pas de ma faute, s’ils font n’importe quoi, et continuent de s’entretuer. Malgré ce que tout le monde croit, ce n’est pas moi qui souffle sur les braises et les encourage à verser le sang. J’en ai assez d’être leur affreux bouc émissaire !
-Je sais ! Mais arrête de sangloter, car je ne vais plus oser te demander quoi que ce soit.
-Vous allez me remplacer ?
Dieu éclata de rire
-Mais non, nigaud ! Par contre, si tu continues à m’ennuyer avec tes larmes à la noix, je règle le problème immédiatement de cette Terre qui te cause tant de soucis.
-Quoi, qu’est ce que Vous voulez dire ?
-Que je vais lui envoyer un petit astéroïde pour la pulvériser. Ce sera la fin du monde, the last day ! Point final.
-Mais… Vous ne pouvez pas faire ça !
-Non et pourquoi, puisque tous nos soucis viennent de là ?
-Mais, parce que vos en seriez trop malheureux, Vous-même.
Dieu marqua un moment de réflexion.
-Oui, tu as raison. Mais alors, fais-moi un sourire !
Satinou, obéit et son beau regard s’éclaira d’un pétillement joyeux.
Dieu fut aux anges.
-Bon, ça va mieux. Nous pouvons discuter, alors ? J’étais venu pour ça.
Satinou se releva et alla s’asseoir sur une banquette de velours rouge, qui trônait à côté d’une cheminée ou flambait un feu joyeux. Il s’y installa parmi les coussins et jeta un coup d’œil en dessous. Loin très loin sous les nuages, on apercevait la tour Eiffel, qui pointait malicieusement le bout de son nez.
-Je t’écoute, ma Divine !
-Eh bien, voilà, je me demandais si tu aurais dans tes nombreux ciels, un ou plusieurs favoris qui se montreraient éventuellement volontaires, pour retourner sur Terre, jouer le rôle de mon Jésus ?
-Tu veux dire, endosser le rôle de Messie ?
-Oui, en quelque sorte.
-Mais pour quoi faire ?
-Eh bien, pour tenter de redresser la situation, et faire la paix sur cette planète.
Satinou fit une grimace inimitable qui n’appartenait qu’à lui.
-Tu fais la moue ! Tu ne vas pas recommencer à pleurer, au moins ?
-Non, mais je ne trouve pas l’idée lumineuse, excusez-moi, Seigneur !
-Pourquoi, tu n’as personne qui ferait l’affaire ?
-Au contraire, je peux te faire venir au moins dix volontaires. Tous prêts à se sacrifier pour te faire plaisir, mais je n’en vois pas l’utilité.
-Parce que cela a foiré, la première fois ?
-Bien sûr, mais pas seulement.
-Et pourquoi, alors ?
-Mais parce que les temps ont changé, depuis 2000 ans. Regardez ! Et Satinou montra du doigt, Internet, les unes des magasines de tous les journaux de la terre.
-Pff, que sont deux mille ans, une poignée de secondes !
-Pour Vous, peut être mais pas à l’échelle de la terre. Je veux dire que les humains ont changé.
-Pas en mieux, en tout cas.
-Certes, mais…
Le Seigneur fit une petite moue de dépit. Assise sur un pouf de velours, ses longues jambes croisées, elle porta une main sur son cœur. – Tu crois qu’ils me le cruxifieraient à nouveau ?
-Non, mais ils le persifleraient ! Je vois déjà les titres dans les journaux à Paris Et puis, cela ne tomberait pas bien, au moins en France, avec les candidatures à la présidentielle, cela brouillerait les cartes. Vous imaginez le scandale ? Tout le monde en rigolerait. Un prétendu messie, entre Ségolène et son challenger Sarko, les candidats se tiendraient les côtes de rire. Non, vraiment, mon Seigneur, ce ne serait pas une bonne idée.
Mais le Seigneur n’aimait pas être contredit par son ami Satinou.
-Tu ris !
-Oh oui, j’en pleure de rire.
-Ce n’est pas drôle.
-Oh que si, Vous n’imaginez même pas à quel point. C’est à se tordre.
-Je suis au moins contente que mon idée t’est à ce point remonté le moral !
Satinou essuya une larme de joie qui perlait à ses yeux brillants et renifla, comme un enfant.
-Cher Seigneur, j’en suis arrivé à mieux connaître les humains de la Terre que Vous. Croyez-moi, ils ne prendraient pas notre Envoyé au sérieux ! Je veux bien m’occuper de tout, de son voyage, de son arrivée sur Terre, de lui dénicher une mère porteuse, un père d’emprunt, tout ça est possible, facile et même, enfantin ! Et je le ferais volontiers pour Vous faire plaisir. Mais le résultat serait catastrophique.
-Vraiment, tu n’es pas amusant !
-Mais Seigneur, soyez raisonnable. Ils le prendraient pour un gourou allumé ! Ils en feraient des sarcasmes, débiteraient des âneries, le confondraient avec un prestidigitateur, un tordeur de petites cuillères, un rescapé du New Age, totalement passé de mode, d’ailleurs. Non vraiment, l’idée n’est pas séduisante.
-Mais ils l’aiment bien, mon Christ, ils l’appellent Seigneur Jésus ! Alors, si je le leur envoyais à nouveau, pourquoi le traiterait-ils si mal, puisqu’ils le vénèrent couché sur son lit de paille, ou affreusement torturé sur sa croix ?
-Mais voilà, parce que ça s’est passé il y a deux mille ans, c’est de l’histoire, cela a la magie d’un mythe, c’est devenu une affaire sacrée ! Tandis que ton nouveau messie, lui, serait affreusement, banalement moderne, il ferait partie des chiens écrasés, les amuseurs publics patentés en feraient des chansons, les journalistes traiteraient le sujet en rigolant. Je vois d’ici, un illuminé qui transforme à volonté ses mains en fontaines de sang ! Il serait bon à exposer à la foire du trône. Ou bien, ils le prendraient pour un terroriste, ce qui serait encore pire, et l’enverraient pourrir dans une geôle. Dans tous les cas de figure, moi, je n’ai pas envie que Vous me rendiez responsable de ce nouveau fiasco.
Le Seigneur soupira et d’un coup, n’eut plus du tout envie de son allure de jeune fille, souriante et séduisante. Il se mua en un Zeus sévère, à barbe blanche.
-Oh que je n’aime pas le ton que prend cette conversation, Seigneur ! Je sens que vous allez Vous mettre en colère.
Un grognement guttural sortit de la barbe divine.
-Oui, bon. Eh bien, je vais m’exécuter, mais Vous ne viendrez pas vous plaindre, n’est-ce pas ?
Satinou, se mit sur ses gambettes et se pencha au-dessus de la rambarde qui les séparait du Monde. La terre avait tourné, et c’est maintenant les toits des gratte-ciel de New York qui profilaient leurs silhouettes élancées sous un couvercle de grisaille hivernale. On apercevait les rues illuminées à travers des déchirures nuageuses, et c’était joli.
-Préparez-vous mes amis ! Leur lança Satinou. Je vais vous envoyer un nouveau messie ! Un, par continent, bien sûr, et un par religion, pour qu’il parle vos langues et épousent vos coutumes. Faites leur bon accueil, et ne vous disputez pas à cause d’eux. C’est la volonté de notre Seigneur !
Satinou retourna se pelotonner parmi les coussins. Si Dieu avait raison, c’était bien sur le point précis de son humeur. Maintenant, il se sentait en pleine forme et plein d’allan, cette nouvelle idée de Dieu risquait de devenir très amusante. On allait bien rire !
, le 14 12 2006 - 17:52