Grands Personnages HistoriquesL'histoire du duché de Normandie (5) sous Richard Ier, dit Coeur de lion !30 01 2008 - 15:51 - monica
Encore une fois, l’histoire n’en fait qu’à sa tête. Des fils du grand roi Henri II, cet héritier, futur duc et roi qu’ennoblira une légende, ne venait qu’en 3ème position dans l’ordre de succession. Mais ses frères furent emportés par la malchance, et c’est donc lui qui monta sur le trône ! Le chouchou de sa maman chérie, la grande Aliénor, était un jouisseur qui aimait se pavaner, ruisselant d’or, ce que ne raconte pas sa légende dorée. Il était aussi bon à la guerre, que hâbleur, “trompe la mort” en rigolant, disant une chose et tout se suite après son contraire, changeant d’idées comme girouette, trouvant les affaires sérieuses du royaume, bien moins intéressantes que le champ de bataille et Saladin ! C’est un seigneur qui jetait l’argent pas la fenêtre, et son expédition en Terre Sainte, si elle lui conféra la gloire, mit son royaume, dont il n’avait cure… à genoux ! Ce roi d’Angleterre, qui fut l’avant dernier duc de Normandie, bien sûr, vous avez deviné de qui il s’agit ! Lisez la suite, vous allez être surpris !
Dans cette partie N° 5, de l’histoire du Royaume anglo-normand, de nombreux lecteurs de ma génération vont être déçus, comme je l’ai été, de découvrir un personnage dont la vie réelle n’a absolument rien à voir avec l’image qu’on s’en faisait, (c’est à dire parée de toutes les vertus,) et que laissait entrevoir la lecture des bandes dessinées de notre enfance, relatant les histoires de Robin des Bois ! C’est qu’il y a loin souvent de la légende à la réalité et qu’il faut donc faire attention. XI) Richard Ier d’Angleterre, dit “Cœur de Lion” (Né le 8 septembre 1157, au palais de Beaumont à Oxford – Mort le 6 avril 1199, à Châlus, Haute-Vienne). Ce 3 éme fils d’Henri II n’était pas destiné à régner. Mais le mauvais sort qui s’est acharné sur ses aînés, en a décidé autrement. Contre toute attente, il devient l’héritier naturel du trône de son père. Car Geoffroy, son frère, laisse un fils, mais Arthur est bien trop jeune pour monter sur le trône. Un roi, plus français, qu’anglais ! Fils d’Henri II d’Angleterre, et d’Aliénor d’Aquitaine, Richard, élevé en France à la cour de sa mère, (c’est son chouchou), reçoit dans sa jeunesse, le surnom de “Poitevin.” A la mort de son frère aîné, il devient héritier de la couronne d’Angleterre, mais aussi de l’Anjou, de la Normandie et du Maine. Roi d’Angleterre durant une dizaine d’années, peu enclin aux responsabilités, cruel dans jeunesse, (!), semant derrière lui viols et meurtres, il ne séjournera seulement que quelques mois dans le royaume d’Angleterre, dont il ne parle pas la langue, mais qu’il pille sans vergogne, pour financer ses très coûteuses expéditions en Terre Sainte. le héros de Terre Sainte Richard arrive à Acre, en juin 1191. La ville tombe mais la désertion brutale du roi Philippe, son ex ami, l’empêche de continuer sur Jérusalem, qu’il ne pourra garder, même si la ville se rend. D’autant qu’il ne peut se permettre de prolonger son séjour. En fait, il doit rentrer d’urgence car Philippe et son petit frère Jean profitent de son absence pour agrandir leurs pouvoirs respectifs ! Bref, quand le chat n’est pas là... Mais à son retour, Richard a bien d’autres chats à fouetter que de s’occuper de son royaume anglais qui vient pourtant de se saigner aux quatre veines pour le faire libérer ! En particulier, il doit défendre la Normandie contre les appétits acérés de son ex ami Philippe, le roi de France ! Il fait hérisser la Normandie de châteaux qui tous datent de cette époque ! (Château-Gaillard , la forteresse d’Arques-la-Bataille, ainsi que les châteaux de Radepont, Montfort-sur-Risle, Orival, entre autres, et fait améliorer le château de Moulineaux surplombant la Seine, en aval de Rouen Une tête brûlée Richard fut donc un vaillant combattant, trait de caractère qui lui permit d’entrer dans la légende, même s’il ne fut, loin s’en faut, pas le chevalier sans reproche qu’ont fait de lui les éditeurs de bandes dessinées ! L’une de ses nombreuses faiblesses était entre autres la vanité, il ne prenait pas soin de se protéger d’une armure, ou d’une cote de mailles et narguait souvent la mort. C’est ainsi qu’il mourra accidentellement, (et faut-il ajouter, stupidement !), en 1199, lors du siège de Châlus, en France, où il reçoit un carreau d’arbalète dans le cou. Certains admirateurs jugent sa fin “héroïque”, moi, je la trouve ridicule. Jugez en : Il assiégeait un château défendu par une poignée de soldats. Derrière un créneau, un fanfaron s’amusait à parer des traits à l’aide d’une poêle à frire, s’ingéniant, entre deux esquives, à tirer à son tour. Richard s’approcha de la muraille pour féliciter l’arbalétrier qui lui répondit comme il se doit, en lui décochant un carreau, lequel alla se ficher entre le cou et l’épaule du duc. Il sera enterré en l’abbaye de Fontevraud (située non loin de Saumur). Son cœur repose dans la cathédrale de Rouen. Pierre Basile, le facétieux arbalétrier qui lui décocha le trait meurtrier et à qui il avait pardonné sa “maladresse,” sera écorché vif en punition. Eh oui, il fallait être bien imprudent ou fou en cette époque, pour oser mettre un terme à la vie d’un grand seigneur, encore pire, celle d’un roi ! Un portrait contrasté Que dire de ce roi brillant au combat, mais dépourvu du sens des responsabilités, sinon qu’il laisse un tableau contrasté et contradictoire : tout et son contraire, même si certains voient en lui l’archétype du chevalier : si ce roi-chevalier, chanté par les troubadours, apprit très tôt l’art de guerroyer, il fut également un roi médiocre et peu clairvoyant, et extrêment dépensier pour l’Angleterre. Considéré comme un héros par certains, brillant et vaillant homme de guerre, admiré même par son ennemi Saladin, il appréciait surtout la gloire et les louanges. Il savait se montrer aussi arrogant qu’humble, aussi astucieux qu’écervelé, en d’autres circonstances. Respecté par certains, haï par d’autres, il changeait d’humeur souvent, aimait se piquer de poésie et éblouir par des largesses, au demeurant savamment calculées. En matière vestimentaire, ce n’était guère mieux, il appréciait le rose broché d’argent et ne dédaignait pas rutiler d’or. En outre, il fut très certainement homosexuel. Je vous laisse le soin d’amalgamer tout ça à votre guise, pour en faire le portrait de votre choix. Jean succèda à Richard sur le trône d’Angleterre. Arthur de Bretagne, fils de leur frère Geoffroy hérita des possessions françaises. La légende de “Robin des Bois” a considérablement contribué à dorer dans notre imagination, celle de ce roi, qui n’avait pourtant que fort peu de respect pour la gestion sérieuse d’un royaume et pour les pauvres vilains qu’il affama, tant pour sa rançon, ses costumes somptueux, que pour ses expéditions en Terre Sainte ! Les Anglais l’appellent : Richard Ier, les Français lui préfèrent le pseudonyme de Richard “Cœur de Lion.” Il fut aussi, à ses heures, un poète et un écrivain, célébré à son époque. Mais dans la bouche des enfants de Jérusalem, son nom résonnait comme celui du diable et effrayait les plus petits, “Je vais te donner à croquer à Richard, si tu n’es pas sage, menaçaient les grands-mères” ! , le 30 01 2008 - 15:51 |



