HistoireJ'ai vu un film : Mata Hari !25 07 2007 - 10:24 - Monica
Hier soir, à la télé, passait un film sur Mata Hari, cette (jolie) femme d’origine hollandaise, connue, pour avoir (peut être), joué à l’espionne, pendant la première guerre mondiale.
Qui fut-elle réellement ? De son vrai nom, Margaretha Geertruida (Grietje) Zelle, (née le 7 août 1876 à Leeuwarden, décédée le 15 octobre 1917, à Vincennes). Qui est M’greet ? D’abord, une danseuse aimant le spectacle, les paillettes et le public ! Colette, qui l’avait vue sur scène, écrivit à on sujet : «Elle ne dansait guère, mais elle savait se dévêtir progressivement, et mouvoir un long corps bistre, mince et fier.» Ravissante, svelte et sachant séduire, la jeune beauté collectionne très vite des protecteurs hauts placés. Mais qui fut-elle réellement ? Reine de beauté de la Belle Epoque ? Gourgandine, aimant le luxe, l’argent et les toilettes ? Bête de sexe, en avance sur son époque, aimant se rouler dans des draps de soie et de dentelle ? Courtisane de haut vol ? Aventurière internationale ? Ingénue croqueuse d’amants ? Séductrice invétérée ? Dangereuse manipulatrice ? Tombeuse d’hommes, dans une société machiste et conservatrice, très éloignée de l’Ile de la Tentation, où les femmes ne pouvaient être considérées, que si elles gardaient sagement leur place au foyer, comme mère de famille soumise, et épouse fidèle ? Ou tout simplement, femme de coeur, fière et indépendante, amante et amoureuse éperdue, fidèle à son amour, même dans la trahison, et ayant décidé d’affirmer sa liberté d’être, et d’aimer à sa guise, envers et contre tous, en une époque virile et barbare, dédiée à la guerre, où l’amour, justement, n’était pas à la fête? Certes, elle était sans doute un peu de tout cela. Mais là, n’est pas l’important.
Le cadre historique : le piège de l’amour Le drame se noue pour elle, qui parlait plusieurs langues, et venait d’un pays neutre, lorsqu’éclate la guerre, en 1914, qui va voir les puissances européennes se déchirer ! On la voit à Paris, où elle mène un train fastueux au Grand Hôtel, et fréquente assidûment les uniformes chamarrés des beaux militaires et autres stars de l’aviation. La sinistre figure du destin va revêtir pour elle, plus toute jeune, le visage juvénile, et en tous points séduisant, d’un fils d’amiral et jeune capitaine russe de 21 ans, au service de la France : un dénommé Vadim Maslov. Dont elle tombe éperdument amoureuse. Le jeune et beau militaire, blessé, se trouve dans un hôpital de campagne, non loin de Vittel. La Belle ne résiste pas à l’envie d’aller le relancer. Mais on ne peut ainsi se rendre dans une infirmerie du front, sans laisser-passer ! Qu’à cela ne tienne, elle va imprudemment monnayer cette faveur, en promettant d’aller espionner le Kronprinz, qu’elle a déjà rencontré, en échange d’une belle somme d’argent. Mais rien ne se passe comme prévu et les incidents de parcours se multiplient. Un major allemand, qu’elle séduit en cours de route, entre France, Espagne et Angleterre, cable à Berlin qu’un agent “H-21” s’est rendu “utile.” Le message est intercepté. Lorsque notre intrépide, toujours aveuglée par l’amour, décide de rentrer à Paris, pour aller rejoindre son amoureux, elle est arrêtée le 13 février 1917, à l’hôtel “Élysée Palace,” par le capitaine Bouchardon. Incapable de résister à son goût de la séduction, elle sort nue de la salle de bain, et va jusqu’à offrir ingénument des chocolats aux soldats venus l’arrêter…dans un casque allemand, cadeau de son amant ! Du palace, elle déménage à la prison de Saint-Lazarre, où les choses se gâtent. Même son amant chéri, la qualifie d’aventurière ! Quant à la France, en proie à une atmosphère délétère qui connaît de multiples mutineries, une nouvelle chasse aux sorcières n’est pas pour lui déplaire…Bref, il faut des coupables, et surtout, des exécutions, pour marquer les esprits. Mata Hari va faire l’affaire ! Une femme face à son juge : l’homme, le Mâle ! Voilà pour l’histoire, mais revenons à notre film ! Ce qui m’a sidéré : c’est le juge : son juge, le fameux capitaine Bouchardon ! Un homme et militaire, évidemment. Qui plus est, un homme faible, trahi dans sa qualité d’époux, par une femme infidèle. Froissé dans son orgueil, plus blessé dans son amour-propre, que dans son coeur. Prêt, malgré tout, à tous les compromis. Pour sauver son ménage, ou les apparences ? Et, en tous cas, visiblement décidé à se venger de la perfidie féminine. Fût-ce au prix de la malhonnêteté ! Froid. Sans coeur, ni sentiment. Imperturbable, implacable dans sa démarche et sa fonction, mais aussi, partial. Parfait, face à un dossier vide, (si l’on omet des accusations cousues de fil blanc !) Insensible à la détresse de la prévenue, jetée sans vêtement de rechange, dans un cul de basse fosse, et déterminé dans son rôle de rond de cuir, dûment instrumentalisé par ses supérieurs, et lâchement soumis à la volonté d’Etat, d’incriminer à tout prix cette femme ! De la faire tomber pour haute trahison, de la punir pour ses innombrables conquêtes, et de l’exécuter dans la froidure d’un petit matin désolé. Raisons d’Etat ? Pourquoi ? Le film reste désespérément muet sur les causes, justement, de cette Raison d’Etat si supérieure qui, au nom du Peuple Français, à fait, (au mépris de la justice !) fusiller cette femme, sans état d’âme. Sans regret, ni remords. Comme on écrase un cafard, sous son talon. Simplement, parce que c’était la guerre, et la volonté des militaires ! On voit les soldats dans les fossés herbeux d’un château, marcher au pas, comme s’ils étaient de plomb, déshumanisés, obéir aux ordres, armer leurs fusils, et tirer. Froidement. Feu ! Elle a refusé le bandeau, et est tombée crânement, sous les balles de ses assassins. Sans un mot. On dit même, (mais le film ne le montre pas !) qu’elle aurait lancé des baisers aux soldats. En tout cas, elle meurt dignement, non sans avoir crié à tue-tête son innocence au tribunal, sans que personne ne daigne lui prêter attention. Sans que la brochette de militaires, désignés pour la condamner, et tous sanglés dans leur bel uniforme bleu horizon, ne s’en émeuve. Tombée par amour Le coup de grâce donné, personne n’a réclamé son corps effondré au pied du poteau d’éxécution. Aucun parent, aucun enfant, aucun ami, ni ancien amant ! Il fut porté à la faculté, pour y être disséqué par les futurs carabins de l’époque. Mais son juge a quand même ôté son couvre-chef ! Seul geste d’humanité et de respect, devant son courage ! Fut-ce là une méprisable vengeance, d’une société d’hommes ? Pour n’avoir pas su résister aux charmes vénéneux de leur tentatrice ? Un film bouleversant J’ai ressenti ce film comme un cri ! De désespoir, de révolte et d’agonie. Comme un cri d’injustice, lancé à la face du monde. Une femme que l’on condamne à mort, que l’on rabaisse, que l’on maltraite, qu’on isole, que l’on punit, (avec la complicité de l’Etat, de l’Eglise et de ses nonnes, tristes maîtresses de Jésus et toutes traîtresses à leur sexe !), une femme que l’on exécute, simplement parce qu’elle est femme, parce qu’elle est séductrice, et parce qu’elle a aimé le sexe, l’argent et l’amour ! Un goût de cendre, dans l’âme et le coeur Peut importe qui fut, historiquement parlant, cette Mata Hari, dont le nom signifie en malais : “Oeil du jour” ! “Soleil” ! Le film ne s’est pas donné pour vocation de jeter de la lumière sur un procès monté de toute pièce. Mais simplement, de montrer comment, au début du siècle dernier, notre société a pu crucifier cette femme, déjà immolée dans son amour, trahie dans ses sentiments les plus intimes par un amant perfide. Un film magnifiquement interprété et qui laisse des traces. Douloureuses. N.B. Aujourd’hui, les archives du procès n’ont toujours pas été rendues publiques. Sans doute, à cause d’un dossier à charge lamentablement …vide ! Lorsque la France est coupable, elle ne gagne rien à mettre la tête dans le sable. Mais Mata Hari ne sera pas morte pour rien ! Entrée dans la légende, le cinéma lui a offert une revanche, et de multiples interprètes pour l’incarner à l’écran dont : Greta Garbo, Marlène Dietrich, Jeanne Moreau, Sylvia Kristel… et Maruschka Detmers. Au nom des femmes, merci à toutes. Monica, le 25 07 2007 - 10:24 |
Reine de beauté de la Belle Epoque ? Gourgandine, aimant le luxe, l’argent et les toilettes ? Bête de sexe, en avance sur son époque, aimant se rouler dans des draps de soie et de dentelle ? Courtisane de haut vol ? Aventurière internationale ? Ingénue croqueuse d’amants ? Séductrice invétérée ? Dangereuse manipulatrice ? Tombeuse d’hommes, dans une société machiste et conservatrice, très éloignée de l’Ile de la Tentation, où les femmes ne pouvaient être considérées, que si elles gardaient sagement leur place au foyer, comme mère de famille soumise, et épouse fidèle ? Ou tout simplement, femme de coeur, fière et indépendante, amante et amoureuse éperdue, fidèle à son amour, même dans la trahison, et ayant décidé d’affirmer sa liberté d’être, et d’aimer à sa guise, envers et contre tous, en une époque virile et barbare, dédiée à la guerre, où l’amour, justement, n’était pas à la fête? Certes, elle était sans doute un peu de tout cela. Mais là, n’est pas l’important.



