Histoire

L'invasion des Vikings en Bourgogne !

12 02 2007 - 19:57 - Monica
Lorsque je vous ai parlé de Rome, je vous ai dit que la chute de l’Empire avait entraîné pour la Gaule entière, mais aussi pour notre région, l’effondrement de la civilisation dans nos contrées, et ce, pour des siècles ! Mais ce qui attendait notre Bourgogne romanisée était tout simplement effrayant, et pour tout dire, inimaginable : sanglantes invasions, épouvantables violences, famines, disettes endémiques, épidémies, guerres sans fin, invasions, meurtres, misère, faim… Il faudra attendre Charlemagne, pour qu’un semblant de paix permette aux populations de se croire un peu à l’abri, mais pas pour longtemps, comme vous allez le voir. Nous avons tous de vagues souvenirs d’école des Vikings, et des terribles ravages que ces guerriers sanguinaires infligèrent à nos aïeux. Mais la réalité, surtout chez nous, en Bourgogne, dépasse tout ce que nous avons entendu dire, et tout ce que nous pouvons imaginer de pire.

Ils arrivèrent et semèrent la terreur !

Auxerre et notre région vécurent en effet, dans la deuxième partie du 9 ème siècle, un véritable enfer, que je vais vous conter par le menu. Et cet enfer arriva dans le sillage des drakkars ! 25 ans de carnage, pour ne pas dire de boucherie, d’occupation, d’incendies, de pillages, de violences indicibles, et de meurtres...

Mais pour comprendre, comment tout ça arriva, rendez-vous en Puisaye !

Si vous ne connaissez pas cette ravissante région, c’est l’occasion de vous enfoncer sous ses voûtes de verdure, et d’aller voir le village de Fontenoy, non loin de la charmante cité touristique de Toucy. Une stèle de pierre, plantée en plein champ, commémore la célèbre bataille.

Tout commence à la bataille de Fontenoy

C’est là qu’en 841, eut lieu la célèbre bataille, qui vit le déchirement de l’Empire fondé par Charlemagne. Sa dépouille est à peine enterrée, que ses héritiers se disputent son empire et le disloquent. A l’issue de la bataille, naîtront trois régions : 1) à l’ouest, le royaume de France. 2)La Germanie, au delà du Rhin, et 3) entre les deux, une bande de territoires, qui s’étire des Flandres à la Sicile : la Lotharingie !
Cet éphémère royaume ne tardera pas à éclater à son tour, pour donner naissance à une multitude de principautés, qui vont n’avoir de cesse de se battre, de s’entre déchiqueter, pour dépouiller le voisin ! Bref, la guerre, et encore la guerre ! Mais une guerre fratricide, qui aura d’épouvantables conséquences.

Le premier des ducs de Bourgogne

Or, l’un de ces principaux états, est justement la Bourgogne, qui échut à Richard-le-Justicier.
Rusé, diabolique, traître à l’occasion, ce comte d’Auxerre n’a qu’une obsession : agrandir son territoire, faire main basse sur Autun, Avallon, Sens, Nevers. Faire plier le genou à ses vassaux de Beaune, Chalon, Brienon, Troyes. Richard- le-Justicier n’est pas seulement orgueilleux et insatiable, il est ausi avide de gloire : c’est pourquoi, il se couronnera lui-même « duc de Bourgogne » ?

Une ambition lourde de conséquences

Dès lors, son ambition sera de se mesurer à son voisin, le roi de France, Charles-le-Gros. Choix dramatique s’il en est. Ce qui sera d’autant plus facile, pense-t-il, que ce dernier rencontre des difficultés : ses vassaux lui contestent sa suzeraineté, et lui disputent la royauté. Bref, sa couronne vacille, le royaume de France est menacé d’éclatement, et Richard souffle sur les braises, espérant prendre sa part à la curée du royaume. Il ne sait pas encore combien sera terrible la vengeance du roi, son ennemi !

La menace vient de la mer

Vingt ans s’écoulent, sur ce fond de guerres permanentes, lorsque se lève à l’horizon la plus épouvantable menace qu’on n’ait jamais vue ! Le danger le plus effroyable, pour les populations, les villages, les châteaux, les abbayes et les cités de notre contrée : j’ai nommé les Vikings ! A bord de leurs invincibles drakkars, voguant de jour comme de nuit, il ont, un funeste jour, abordé le littoral de la Manche, ravageant tout sur leur passage. Et bientôt, les voilà au seuil de Paris ! Un fléau venant de Scandinavie, s’abat sur nos contrées

La vallée de Seine a été pillée, incendiée, mise à sac. Ces féroces guerriers venus du Nord, ne laissent derrière eux que cadavres et ruines fumantes. Puis, les drakkars s’enhardissent, poussent leur avantage vers l’intérieur des terres, remontent la Seine, et bientôt, arrivent sur les quais de Paris.

Nous sommes en 885. Par dizaines de milliers, les Vikings encerclent la cité, et mettent le siège devant Paris. Charles –le-Gros, menacé par Richard, son voisin bourguignon, voit son royaume se désagréger et partir en lambeaux.

Une alliance contre nature

C’est alors que le roi de France a une idée. Sa cité est cernée par les Vikings qui veulent faire sauter le bouchon parisien, pour progresser vers le sud, et tranquillement, envahir la Bourgogne ! Une idée diabolique germe dans son esprit : et celle-ci va lui permettre de sauver Paris. Il va tout simplement proposer aux chefs vikings de les laisser passer, avec hommes, drakkars, armes et bagages, s’ils acceptent d’épargner la capitale : en cadeau, la Bourgogne. Ni plus, ni moins !

Et c’est la population de toute notre province, tous ses villages, toutes ses villes ou presque, qui vont payer de leur vie, pendant 25 ans, l’incroyable avidité de leur prince, et cet indigne accord.

Paris, la traîtresse !

Pendant deux jours et deux nuits, un convoi sans fin de drakkars, armés jusqu’aux dents, passe silencieusement le long des quais, au ras des remparts de la capitale, toutes voiles déployées. Ils vont remonter l’Yonne et sur leur passage, ruiner châteaux, abbayes, monastères, violer les femmes, massacrer tout ce qui vit, incendier les villes. Ils tuent, moines, seigneurs, curés, égorgent femmes, enfants, vieillards, ne laissent que des ruines. Les atrocités atteignent des sommets d’horreur. La vallée de l’Yonne n’est plus qu’un désert fumant.

Sens, tombera-t-elle?

Un soir d’hiver glacial de l’année 885, les envahisseurs scandinaves lancent leurs grappins sur les remparts de Sens, la porte de la Bourgogne ! Et la première cité à piller, car elle regorge de richesses. Richard contemple avec effroi ces centaines de drakkars, affaler leurs épouvantables voiles triangulaires. Il n’en croit pas ses yeux, et voit la horde sauvage, que son ennemi Charles a déversée au pied de ses murailles, s’avancer. Inexorable. Tout le monde croit Paris à feu et à sang, et personne n’imagine l’atroce marché, que le roi de France a conclu. Bientôt, les faubourgs de la cité brulent, les habitants se sont réfugiés dans les caves et souterrains, mais à l’intérieur des remparts, la ville protégée, tient bon. Ses défenseurs s’accrochent à leurs créneaux. De toutes leurs forces. Et voient refluer les agresseurs qui, découragés, préfèrent remonter l’Yonne, pour trouver des proies plus faciles à se mettre sous la dent. Joigny succombe, non sans s’être vaillamment battue. Epineau, Bassou, Monéteau, Appoigny sont réduites en cendres.

Auxerre, assiégée

Et c’est maintenant la fière cité auxerroise, qui apparaît aux Vikings, éblouis par la forêt des clochers qui s’offrent à leur vue. Le butin en perspective fait scintiller leurs pupilles de fauves. Mais Richard les attendait de pied ferme. Il avait fait tendre des chaines, en travers de la rivière, et embusqué des milliers d’hommes, sur les rives, et en haut des remparts, armés d’arbalètes.
Pendant ce temps, les villageois et les habitants des faubourgs voisins avaient trouvé refuge dans l’enceinte fortifiée : 15 000 citadins s’espéraient à l’abri, derrière les épaisses murailles d’Auxerre !
La puissante abbaye Saint Marien, installée sur la rive droite, (non loin de l’actuelle CCI), disparut dans l’assaut, moines et soldats furent impitoyablement massacrés. Saint Germain, non moins ardemment défendue, résista, mais cèda à son tour sous la horde ! Son fabuleux trésor fut irrémédiablement pillé, et l’abbaye détruite. Dans la foulée, tous les faubourgs furent incendiés.

Mais Auxerre tint bon

C’est que, comme Sens, Auxerre, derrière ses hautes murailles, est bien décidée à narguer les envahisseurs et résiste. Car il faut tenir coûte que coûte, ou mourir.
Sens et Auxerre, quoique sérieusement endommagées, seront les seules cités, depuis l’estuaire de la Seine, (si l’on excepte Paris, la traîtresse, qui s’est vendue), à sortir vivantes de l’épouvantable invasion.

Mais l’Yonne est impitoyablement ravagée

Toute l’Yonne n’est plus qu’un champ de ruines. Entassés dans les souterrains de la cité, les habitants ont attendu, la faim au ventre, torturés par la soif, que l’orage passe. Espérant que les miliciens puissent repousser les assauts, et éviter à tous la boucherie. Jusqu’au jour d’indicible soulagement, où les Auxerrois voient, du haut de leurs créneaux, les sanglantes embarcations hisser leurs voiles, et mettre le cap vers Vaux, Champs, Bailly, Escolives et Vincelles la fortifiée, qui disparaîtront, les unes après les autres.
Coulanges résistera quelques heures derrière ses murailles. Richard, accompagné d’une petite armée, tentera bien, mais en vain, de sauver Cravant, manquant de s’y faire assassiner. Vermenton, Accolay, Lucy, Arcy-sur-Cure sont, à leur tour, anéanties dans la tourmente. Rien ne résiste aux drakkars et à leurs féroces guerriers.
Et les voilà au camp de Cora !

Un camp retranché

La citadelle, depuis des temps immémoriaux, campée sur son éperon rocheux, domine la boucle de la Cure, mais, elle aussi, doit se rendre. Pire, les Vikings décident de s’y installer. Ils débarquent par milliers à Saint Moré, et vont y prendre racine pendant…25 ans !

De là, ils monteront des expéditions et razzia sanglantes. Ils construiront des rails en bois, sur lesquels ils propulseront leurs drakkars, pour partir à l’assaut du Morvan et se glisser sur les cours d’eau les moins navigables, quitte à passer à travers champs. Un seul but : ravager toute la contrée, ne laisser aucun village debout, tuer, tuer, voler tout ce qui peut l’être, dans un carnage épouvantable !

A l’asaut du Morvan !

Ils s’emparent des habitants et les réduisent en esclaves, pour pousser leurs embarcations sur des rondins qui roulent sur l’herbe ! Inoui : les drakkars ainsi halés, peuvent rejoindre des cours d’eau les plus improbables, et surgir dans des village éloignés. Tels, des chars d’assaut, ils écument la région, comme des pillards ou des pirates et rejoignent ensuite leur base de Nailly et de Saint Moré. Avallon leur tient tête, mais Clamecy est détruite. Le fléau n’épargne aucun cours d’eau : le Serein, l’Ouanne, l’Armançon, mais aussi, la Loire et la Saone… Tous véhiculent les infames envahisseurs, et hordes impitoyables vers Saint Florentin, Tonnerre qui seront anéanties. Même Autun ne sauvera pas sa peau. Pas plus, d’ailleurs, que les pays de Loire ou de Saone, bientôt rayés de la carte, comme Cosne, ou Chalon sur …Saone !

La France, mise à sac

C’est bientôt toute la France qui sera ruinée : l’Aube, la Meuse, la Moselle, les Ardennes, la Lorraine, la Bretagne, l’Aquitaine, l’Allier, la Dordogne, l’Auvergne…Toutes subiront les affreux assauts, et ne pourront demander grâce. Pendant des années, un quart de siècle, Paris regardera passer les interminables cortèges de drakkars remplis de butins, des trains entiers, charriant guerriers, captifs et armes sans rien faire. Sens et Auxerre, ne relâchant jamais leur garde, en feront autant.

Les Sandinaves pillent, détruisent la Bourgogne, et tous les pays fronçois

Pendant 25 ans ( !), les Vikings, qu’on appelle désormais les Normands, ruinèrent totalement notre pays. Ils règnèrent en tyrans, assoiffés de butins et de sang. Mais c’est en fait, toute l’Europe qui sera anéantie, pillées, assassinée et ravagée par les sanguinaires et invincibles guerriers.
Le fief de Richard-le-Justicier n’est plus qu’un champ de ruines, où les garnisons, néanmoins, montent la garde nuit et jour, sans relâche. Le cauchemar est hallucinant, car retranchés sur le camp de Saint Moré, les Vikings sont toujours là, menaçants.
Les dévastations, d’une ampleur inouïe, exigent qu’on ne faiblisse pas. C’est à ce prix qu’Auxerre sera sauvée. Sens, Avallon, aussi, se cramponnent de toutes leurs forces.

Une aide inattendue

Heureusement, une aide inattendue va surgir de l’Est, et du fond de l’Asie. Des hordes de cavaliers turcs et hongrois, surgies des profondeurs de la Russie, envahissent la Finlande, et déferlent en Bourgogne ! Mais il n’y a plus rien à piller, en cette épouvantable fin de 9 ème siècle. Notre région est saccagée, ce qui n’empêchera nullement les nouveaux envahisseurs de s’installer sur les ruines de Clamecy, et d’y ériger un camp fortifié.

Les envahisseurs s’étripent

Voilà que maintenant, ce sont les envahisseurs qui vont s’écharper chez nous ! Tant mieux ! Qu’ils s’anéantissent donc mutuellement ! Et effectivement, ils vont s’affronter en de sanglants combats. C’est la guerre totale ! L’Espagne, le Maghreb, la Sicile, la Méditerranée s’embrasent à leur tour, et voient Arabes, Vikings, Hongrois, Vénitiens, Génois, se livrer, sur terre et sur mer, des combats sans merci. Ci contre, casques vikings.

Le conflit s’enlise

Mais les Vikings ont eu les yeux plus gros que le ventre, éparpillés sur un gigantesque champ de bataille, qui allait du nord au sud, et d’est en ouest de l’Europe, les voilà qui perdent pied. Pour faire face aux Hongrois, ils doivent dégarnir leurs positions.

Les Bourguignons reprennent espoir

Richard-le-Justicier va profiter de cette occasion pour lever l’étendard de la révolte. Des profondeurs de nos forêts, des montagnes du Morvan aux fiefs de Troyes et Nevers, des troupes fraîches répondent hargneuses à l’appel. Et convergent de Champagne et du nord de L’Yonne, pour courir sus à l’envahisseur, pendant que les paysans se lancent dans la résistance armée.

C’est l’insurrection des campagnes

Les Vikings se regroupent à Saint Moré, et envoient leurs drakkars affronter les troupes du duc de Bourgogne.
Des centaines de drakkars, en file indienne, descendent l’Yonne, et remontent l’Armançon, s’amarrent entre Tonnerre et Montbard.
Mais les milliers de fantassins de Richard, sont là, exacts au rendez-vous, et les attendent et pied ferme. Le choc des Titans se produit le 28 décembre 898, (soit 13 ans, après le siège de Sens !) Sous une pluie de flèches, chevaux et cavaliers, véritables troupes blindées, se lancent à l’assaut, et transpercent de leurs lances les troupes scandinaves.

Les Vikings décimés, refluent vers l’Armançon. Les drakkars se sont regroupés à Ancy le Franc, coques hérissées de lances et boucliers. De leurs ponts, des catapultes projettent dans les airs des boulets enflammés. Des grêles de flèches pleuvent. La bataille est phénoménale. Et Richard va jeter son va-tout : il lance ses hommes vers la rivière, on jette des cordages, les pertes sont effroyables, les chevaux pataugent, puis, une pluie de torches s’abat sur le pont des navires qui s’enflamment, les uns après les autres. L’ambiance est celle de l’apocalypse, l’eau glacée rougeoie des incendies, mais pour la première fois, les Vikings sont battus, et la Bourgogne ne deviendra pas la Normandie.

Les Normands doivent abandonner les carcasses fumantes de leurs embarcations, et s’enfuir à pied dans la nuit. Ils se regroupent alors vers Saint-Florentin, où les troupes bourguignonnes vont les décimer, une nouvelle fois.

La terrible bataille de l’Armançon

Mais cette illustre bataille de l’Armançon aura coûté tant de vies, que notre duc devra renoncer, la mort dans l’âme, à attaquer le camp de Saint Moré. Amochés, meurtris, mais toujours vivants, et plus menaçants que jamais, les Vikings ne seront pas faciles à déloger : ils s’accrocheront encore 12 ans à leur éperon de Saint Moré, maîtres des vallées de la Cure et de l’Yonne. Douze sinistres années, durant lesquelles ils continueront encore de narguer les remparts de notre cité auxerroise.

Jusqu’à ce que, enfin battus, (mais aussi chassés en 892, par la famine, qu’ils avaient largement contribué à engendrer !) ils se décident à lever l’ancre, et abandonner notre Bourgogne, où il n’y avait décidément, plus rien à voler, (ni à manger !), pour aller s’installer définitivement…en Normandie !

C’est le roi Charles -le-Simple, 879-929, fils posthume de Louis II, qui partagea d’abord le trône de France avec le comte de Paris, Eudes, et ne règna seul, qu’à sa mort en 898, qui leur donna la Normandie. Le roi qui voulait ainsi mettre fin aux invasions normandes, céda la Normandie à Rollon en 911. Il fut ensuite détrôné en 923 par Hughes-le-Grand, père de Hughes Capet.

Voilà vous savez tout sur l’histoire des “Normands” et d’un effroyable carnage, d’une guerre sans merci, qui, durant 25 épouvantables années de ce siècle funeste que fut l’an 900, ravagea notre région icaunaise et toute la Bourgogne.

Tout le monde a presque oublié cet épisode dramatiquement sanglant de notre histoire régionale, peut être la pire, qui ne laissa, il est vrai, aucune trace, puisque les villages étaient de bois, et que, ce qui en resta, (les fortifications), furent ensuite toutes ou presque, entièrement démontées.
Les duc de Bourgogne et les rois de France, par la suite, continuèrent néanmoins de s’entredéchirer hélas, durant presque toute leur histoire, jusqu’à ce que la Bourgogne soit enfin, et définitivement, rattachée au Royaume de France.

Monica, le 12 02 2007 - 19:57

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