HistoirePetite histoire des relations (envenimées), entre l’Eglise et le pouvoir séculier.25 02 2007 - 17:09 - Monica
Notre civilisation occidentale descend en droite ligne, de Rome, par le biais…de l’Eglise Catholique Romaine. Cette filiation explique toute notre histoire, et éclaire les sempiternels conflits, qui opposèrent les pouvoirs religieux et séculiers.
Au tout début, était Constantin ! (Nous reviendrons sur l’histoire de cet empeureur, et vous verrez que son portrait réserve bien des surprises !)
Photo ci contre : détail Abbaye Saint Germain Auxerre
L’empereur Constantin, se convertit au christianisme en 313 après Jésus-Christ, (selon la légende). Mais en fait, bien plus tard, sous Théodose, seulement en 380. Cette décision, éminemment politique, entraîna plus tard, la conversion de tout l’empire, et celle de notre pays, qui n’était encore que la Gaule.
Même, si le christianisme, (faut-il le rappeler !) mit près de cinq siècles à s’imposer. (Ci-contre merveilleux entrelacs de pierre, Abbaye Saint Germain, Auxerre/Bourgogne/France).
L’égal des apôtres, et évêque universel Constantin, s’il était fin politique, ne brillait pas par la modestie : il se disait l’égal des apôtres ! Pour éviter toute contestation de son pouvoir, il s’était lui-même baptisé « Evêque universel » ! A Nicée, en 325, il n’avait pas hésité à se poser comme arbitre, pour résoudre les querelles théologiques qui, à l’époque, divisaient les Chrétiens. Mais comment le spirituel et le temporel, pouvaient-ils échapper aux mains du prince ? La question est, aujourd’hui encore, d’une brulante actualité, en Irak et en Iran ! Pour ne citer que ces deux pays ! La primauté du pape : un enjeu qui fit d’interminables conflits ! La primauté du pape, dans les affaires de l’Eglise, commença à s’affirmer au Concile de Sardaigne, en 343. Mais, c’est Damase Ier (366-384), qui parlera la première fois, de « siège apostolique, » et poussera l’empereur Théodose, à promulguer l’édit de 380. Celui-ci fera en fait du christianisme, la seule religion officielle de l’empire ! Ceci est un point fondamental. Là, prend racine toute notre histoire ! L’histoire de l’Occident. L’église prend le relais du pouvoir romain déclinant
Cependant, l’Empire Romain ne put endiguer son déclin inéluctable. Avec sa dissolution progressive, (qui finit dans le chaos généralisé,) l’Église resta la seule structure encore organisée de l’empire. L’on assista à des événements incroyables, qui témoignent de la disparition de l’Etat : des évêques, comme notre bon Saint Germain, s’en vont négocier eux-mêmes avec les barbares, pour sauver leur province ! Léon Ier, dit “le Grand” (440-461), négociera la paix avec les Huns, puis avec les Vandales, pour… sauver Rome ! Son but : substituer la paix chrétienne, à la paix romaine ! Les derniers empereurs romains en vinrent quasiment à céder les pleins pouvoirs aux évêques, responsables de communautés entières ! Au point que le pape Gélase Ier, (492-496), pu s’emparer du pouvoir temporel des princes, sans que personne ne songe à le lui disputer ! Plus tard, les rois et les papes continueront à se disputer ainsi la suprématie, querelles qui seront sources incessantes de guerres et conflits, pour les siècles à venir. Est-ce cela que Jésus avait en tête, lorsqu’il prèchait dans le désert, la compassion et l’amour du prochain ? L’an Mille Il faudra attendre la fin du premier millénaire, pour qu’un tournant s’amorce. Timidement, d’abord. Pépin le Bref, dont la fragile assise politique sera légitimée et consolidée par le pape, le remerciera, en libèrerant Rome de l’emprise des Lombards. Il ira même jusqu’à lui donner les territoires conquis ! Donation, à l’origine du Vatican… Mais qu’une légende, (par un acte de donation apocryphe (et antidaté!), attribue à tort, à l’empereur Constantin ! Puis, en 800, Charlemagne consent à se faire sacrer empereur par le pape, et à couvrir son empire d’abbayes. Mais c’est surtout, pour s’appuyer sur le christianisme et l’Eglise, et ainsi, pacifier son emire et le consolider.
(Continuons notre promenade en images, à l’abbaye saint Germain, merveille architecturale d’Auxerre -Yonne/Bourgogne.)
On voit clairement ici, la nette filiation entre le pouvoir romain, et celui de l’Eglise ! Plus le premier s’affaiblissait, pour sombrer dans le chaos , plus la seconde croissait en puissance et prospérait. Au moment où Charlemagne se fit sacrer empereur, on peut dire que le relais était passé, et l’Eglise symbolisait la toute puissance, avec laquelle un équilibre devait s’instaurer. Entre les princes et Rome, cet équilibre des pouvoirs fut sans cesse remis en question. L’apogée du pouvoir papal L’autorité du pouvoir religieux atteindra son maximum de puissance au IX èle siècle, sous Nicolas Ier (858-867), lorsque l’Église pourra contrôler l’état, tandis le pouvoir séculier ne pourra pas lui rendre la pareille, dans les affaires de l’Église.
Mais la détention du pouvoir est par essence fragile, (la loi du plus fort ne vaut que si on le reste), et par conséquent source intarissable d’intrigues, de querelles et conflits armés. L’église, qui avait voulu confisquer le pouvoir, ne fit qu’attiser les haines les plus meurtrières, et souffler sur les braises de la guerre ! Le pouvoir de l’église s’affaiblit Les 10 et 11 ème siècles verront cependant cette emprise s’affaiblir, grâce, notamment, aux guerres constantes que se font papes et antipapes : lesquels se battent pour le suprême pouvoir de dominer le monde. L’avènement de la féodalité Mais une chose nouvelle va considérablement affaiblir le pouvoir papal. C’est que la société change, et avec elle, son organisation. Le 10 ème siècle voit l’avènement de la féodalité qui, bientôt, va s’imposer partout, et instaurer un droit de suzeraineté, d’un prince sur l’autre. Bref, la société féodale fait de l’évêque, tout prince de l’Eglise qu’il soit, un vassal du roi. Ce point est fondamental. Car dorénavant, ce n’est plus le pape qui controle l’évêque, mais… son suzerain ! C’est à dire, le roi. En France, l’Eglise, devenue partie intégrante du pouvoir féodal, va se faire ainsi…vampiriser ! Si je peux me permettre de parler ainsi. Ses princes-evêques sont l’enjeu de guerres incessantes, pris en tenaille qu’ils sont, entre le fer et l’enclune, le pape et leur suzerain, le roi de France ! De plus, les richesses les corrompent. Ce qui entraîne la naissance d’ordres mendiants, désireux de revenir aux principes de pauvreté et de modestie, prêchés par les premiers chrétiens. Le concile de Trente tentera de sortir l’Eglise de ce guépier, dans lequel elle s’est fourvoyée, prise au piège de sa propre soif de pouvoir !
A partir de 1073, Grégoire VII, essaiera de « libérer » le clergé, tombé par le biais des suzerainetés… sous le joug des rois ! En effet, étant suzerains, ceux ci estimaient qu’il leur appartenait de nommer évêques et abbés, à l’intérieur de leur fief, et selon leur bon vouloir ! Voilà que le balancier du pouvoir se retournait maintenant contre l’église et son chef !
Bien entendu, une nouvelle guerre…délirante va sans suivre. ! Où l’on voit que les hommes d’église ne sont jamais que des hommes, et que les relations privilégiées qu’ils prétendent entretenir avec Dieu, ne les mettent pas, spirituellement parlant, au dessus-de leurs semblables !
Pape, contre roi Dans le but de restaurer l’autorité papale, Grégoire VII propose le “didactus papae,”c’est à dire de rendre au pape son autorité suprême sur toutes les créatures. Il affirme que l’évêque de Rome (le pape), doit pouvoir déposer et transférer les évêques à sa guise, et même, si le besoin s’en fait sentir, destituer l’empereur. (Bigre !). L’empereur Henri IV (1056-1106) riposte par un synode qui dépose le pape… (Ail !) La réponse ne se fait pas attendre… Et le voilà excommunié ! (Fin de notre visite en images de Saint Germain. Si ces images vous ont plu, venez visiter Saint Germain d’Auxerre, pour mieux comprendre l’impact de l’Eglise au temps des Carolingiens.)
Nous allons maintenant illustrer cette deuxième partie de l’article, avec des vues de l’architecture cistercienne de l’Yonne, prises à l’abbaye de Pontigny – (2ème fille de Cîteaux) : une des rares abbayes cisterciennes à avoir conserver entière son église abbatiale, aujourd’hui, réhabilitée. Les croisades : une embellie ! Heureusement, les croisades (1096-1291) vont redorer le prestige et l’autorité du pape, capable de lever une armée dans toute la chrétienté ! Mais les croisades vont déplacer les enjeux vers l’Orient et y focaliser les luttes. Une nouvelle querelle opposera toutefois l’empereur Frédéric Barberousse (1152-1190), au pape Alexandre III (1159-1181), qui se soldera par la paix de Venise (1177) et la reconnaissance de la suprématie du Pape. On voit que l’Eglise a du répondant et n’est pas encore prête à céder ! Elle va même consolider son pouvoir, grâce à la guerre contre les Cathares, la création d’universités indépendantes du pouvoir royal, grâce encore aux croisades et… à la création de l’Inquisition qui très intelligemment fera appel au pouvoir temporel pour exécuter ses sentences ! les papes Innocent III (1198-1216) et Grégoire IX (1227-1241) auront donc une autorité incontestée. Mais, comme je l’ai dit tout à l’heure, une chose est d’avoir le pouvoir, une autre de le garder… Ci- contre : la lumière divine de Pontigny, telle que la concevait Bernard de Cîteaux, toute faire de pureté, baignait-elle l’esprit de Boniface ?
La vanité de Boniface VIII (1294-1303) remettra tout en cause. Ce pape, ivre de pouvoir, décida d’aller plus loin encore que Grégoire VII et osa, dans sa bulle “Unam Sanctam,” décréter que “toute créature humaine sera désormais soumise au pontife romain,” y compris évidemment, rois et empereurs ( !) Cette revendication le mènera à sa perte, à l’issue d’un conflit avec Philippe le Bel. Les papes se réfugient en Avignon Boniface se réfugie à Anagni, accusé d’hérésie et de malversations diverses, dont le commerce de bien d’Eglise. Ulcéré, il échappe de peu à un kidnapping, pour finalement, rendre son âme au Seigneur, qui décidera de la couleur de son âme. (Pure ou impure ?) Le pouvoir de l’église chancelle Ci-contre, la pureté de l’architecture de Pontigny nous émeut encore !
Mais les temps changent, et c’est Philippe Le Bel, le roi de France, qui sort grandi de cet affrontement. Si bien, que le successeur de Boniface, (Clément V), aura si peur de lui déplaire, qu’il choisira, (Rome étant à l’époque peu sûre !), d’installer la papauté…en Avignon ! Le pouvoir a bel et bien, cette fois, basculé du côté séculier… Les Templiers seront malheureusement les premières victimes de ce renversement de pouvoir. Car Clément V ne pourra les défendre contre la condamnation injuste qui frappera le Temple, (2000 templiers finiront emprisonnés et torturés, des centaines seront brûlés vifs, et l’Ordre disparaîtra à jamais). De convulsions en convulsions… Mais la confusion entre pouvoirs religieux et séculier, n’en a hélas pas fini avec la France, qui souffre toujours de querelles endémiques, lesquelles empoisonnent le paysage politique de leurs vapeurs délétères, sans parler de la vie des petites gens. Avec Charles VII, le conflit s’envenime une nouvelle fois, avec le pape qui se voit interdire de se mêler des affaires de la France ! Avec l’arrivée du Luthérisme, la crise du gallicanisme, (qui fait un instant, rêver Louis XIV qui tente de se séparer de Rome,) le succès, par contre, de l’Eglise anglicane, et les idées de la réforme…la coupe est pleine ! Le Pape, désormais, n’est plus le chef spirituel de l’Occident, mais seulement, celui de l’Église Catholique Romaine ! En conséquence, l’Église perd toute assise politique. Le chant du cygne Puis, la société se modernise. Le 18 ème siècle, est celui de la raison ! Les mentalités ont évolué et les philosophes désirent maintenant prendre leur distance vis à vis du pouvoir religieux. Mais l’église traîne la condamnation de Galilée comme un boulet ! La philosophie des Lumières la condamne donc pour obscurantisme, et avec elle, tous les dogmatismes religieux. Le divorce entre la société intellectuelle et la pensée chrétienne, est consommé. En 1773, est prononcée la dissolution de la Compagnie de Jésus. Les Jésuites étant de fidèles alliés du pape, celle-ci sonne comme un hallali ! Puis, les intrigues des états catholiques, qui perturbent les conclaves et favorisent l’élection de papes sans envergure, (à l’exception sans doute, de Benoit XIV) accéllèreront le mouvement. Les derniers soubresauts d’une moribonde Le XIX ème siècle portera à son comble, en France, la guerre entre « Cléricaux « et « libres-penseurs. » Ces derniers voulaient s’affranchir de tout dogme religieux, de toutes contraintes imposées par le clergé. (Il ne s’agissait à l’époque, que du clergé catholique !). La fin du pouvoir de l’Eglise Avec la fin du pouvoir politique de l’Eglise, meurt en Occident, ce qui nous reliait encore à Rome ! Cette Eglise, qui en avait hérité le pouvoir. Un pouvoir sans partage, éminemment masculin, qui entendait décider de tout, régner sur le monde temporel et celui des esprits. Il n’était que temps, après 2000 ans, que l’homme s’affranchisse de cette tutelle, et commence à s’affirmer, enfin, en tant qu’individu libre ! Bien sûr, l’athéisme s’est faufilé dans la brèche. Car la nature a horreur du vide. Mais il reste, avec Voltaire, à espérer que l’homme saura se réinventer une religion humaine, et imaginer un Dieu, (ou plutôt, une Déesse), aimante, compatissante et tolérante, désireuse de laisser à sa créature, le plus grand champ d’action possible, et surtout, un libre arbitre total. Ce qui contribuerait à lui rendre le sens des responsabilités. Bref, à le laisser devenir enfin…adulte ! Monica, le 25 02 2007 - 17:09 |
Photo ci contre : détail Abbaye Saint Germain Auxerre
L’empereur Constantin, se convertit au christianisme en 313 après Jésus-Christ, (selon la légende). Mais en fait, bien plus tard, sous Théodose, seulement en 380. Cette décision, éminemment politique, entraîna plus tard, la conversion de tout l’empire, et celle de notre pays, qui n’était encore que la Gaule.
Même, si le christianisme, (faut-il le rappeler !) mit près de cinq siècles à s’imposer. (Ci-contre merveilleux entrelacs de pierre, Abbaye Saint Germain, Auxerre/Bourgogne/France).
(Abbaye Saint-Germain Auxerre, suite)
(Continuons notre promenade en images, à l’abbaye saint Germain, merveille architecturale d’Auxerre -Yonne/Bourgogne.)
L’autorité du pouvoir religieux atteindra son maximum de puissance au IX èle siècle, sous Nicolas Ier (858-867), lorsque l’Église pourra contrôler l’état, tandis le pouvoir séculier ne pourra pas lui rendre la pareille, dans les affaires de l’Église.
En France, l’Eglise, devenue partie intégrante du pouvoir féodal, va se faire ainsi…vampiriser ! Si je peux me permettre de parler ainsi. Ses princes-evêques sont l’enjeu de guerres incessantes, pris en tenaille qu’ils sont, entre le fer et l’enclune, le pape et leur suzerain, le roi de France ! De plus, les richesses les corrompent. Ce qui entraîne la naissance d’ordres mendiants, désireux de revenir aux principes de pauvreté et de modestie, prêchés par les premiers chrétiens. Le concile de Trente tentera de sortir l’Eglise de ce guépier, dans lequel elle s’est fourvoyée, prise au piège de sa propre soif de pouvoir !
A partir de 1073, Grégoire VII, essaiera de « libérer » le clergé, tombé par le biais des suzerainetés… sous le joug des rois ! En effet, étant suzerains, ceux ci estimaient qu’il leur appartenait de nommer évêques et abbés, à l’intérieur de leur fief, et selon leur bon vouloir ! Voilà que le balancier du pouvoir se retournait maintenant contre l’église et son chef !
Bien entendu, une nouvelle guerre…délirante va sans suivre. ! Où l’on voit que les hommes d’église ne sont jamais que des hommes, et que les relations privilégiées qu’ils prétendent entretenir avec Dieu, ne les mettent pas, spirituellement parlant, au dessus-de leurs semblables !
(Fin de notre visite en images de Saint Germain. Si ces images vous ont plu, venez visiter Saint Germain d’Auxerre, pour mieux comprendre l’impact de l’Eglise au temps des Carolingiens.)

Ci- contre : la lumière divine de Pontigny, telle que la concevait Bernard de Cîteaux, toute faire de pureté, baignait-elle l’esprit de Boniface ?
Ci-contre, la pureté de l’architecture de Pontigny nous émeut encore !





Bravo. Félicitations pour cet article. Et bravo aussi pour la conclusion. J’ai été plus de trente ans, catho et il m’a fallut plus de dix ans pour me libérer du lavage de cerveau que j’avais reçu. Enfin j’ai quitté l’infantilisme…mais je crois au vrai christianisme, pur et exigeant. Je suis devenue écologiste/bio/végétaliene/...pour mieux vivre l’amour à tous niveaux. A la place des ces choses essentielles, j’étais soumise à des dogmes sans valeur. Je viens d’acheter un livre qui me paraît très bien: Le Christ, philosophe.
Eléonore Visart de Bocarmé, 15.02.2008 20:22Merci encore pour l’article, puis-je le prendre pour le livre que je termine?