Débat au sujet de la mort de notre festival "Musique et cinéma"
13 02 2009 - 18:25 - monica
Une amie m’a fait l’honneur et l’amitié de bien vouloir commenter l’article publié sur la disparition de notre festival « Musique et cinéma, » et me reproche de ne pas comprendre qu’il y avait d’autres priorités, en cette période de crise, et autrement plus urgentes, qu’un festival !
Aussi, me semble-t-il nécessaire de répondre à cette accusation. Il est vrai que voir disparaître nos usines est désatreux, mais les pouvoirs publics n’ont pas les moyens (bien que trop de gens le croient), d’empêcher une usine de fermer. Tandis qu’il est parfaitement de leur ressort de promouvoir, ( ou de tuer !) un festival qu’ils subventionnent.
La décision de le supprimer, pour changer d’affectation les fonds qu’ils lui allouaient, tout en sachant parfaitement que ce coup lui sera fatal, est bien entendu, le résultat d’un choix. Et c’est précisément celui-là que je conteste. Ce qui en démocratie, ne devrait pas poser de problème.
Une décision qui aurait pu faire l’objet d’un débat public
Je ne dis pas qu’il ne faut pas aider par tous moyens les chômeurs à retrouver un emploi, (+ 2,1% de demandeurs d’emplois dans l’Yonne en décembre, et 10 469 chômeurs). Qu’il n’est pas indispensable de soutenir les communes, grâce à une subvention d’un million d’euros, de construire des gymnases, (800 000 euros, pour celui de Guillon), de réhabiliter un collège (1 135 000 euros, pour celui de Abel Minard), d’ouvrir des pistes cyclables favorables au cyclotouristes, de financer des prêts à la création d’entreprise ou de racorder tout le monde à Internet (1,2 millions d’euros, pour l’installation du haut débit par voie herzienne), sans parler de l’aide à la création d’emplois ! Tout ceci va dans le bon sens. Mais pourquoi deshabiller Jacques, pour habiller Paul, au prétexte qu’il fallait bien faire des choix, alors qu’on aurait pu trouver des solutions ?
Une telle décision, qui engage l’avenir de notre région, aurait dû faire l’objet d’un débat public. D’autant que le tourisme peut créer des emplois et est pratiquement la seule carte d’avenir à jouer pour notre région, si riche en patrimoine mal exploité. Heureusement que la réhabilitation du château de Meaulnes a été sauvée de la charette ! (1, 2 millions d’euros).
Et si la crise avait bon dos ?
Certes, la situation de crise que nous vivons est sans précédent, bien que beaucoup d’usines qui délocalisent ou licencient, s’en servent comme prétexte et y trouvent un justificatif idéal, alors que leur décision était programmée de longue date. C’est le seul dénominateur commun qu’elles partagent avec la disparition de notre festival, que beaucoup appelaient de leurs voeux et qui, grâce à la crise, trouve là son point final.
Pourquoi la décision était contestable
Le pire, c’est que ce sacrifice ne fera du bien que très provisoirement à nos finances départementales, et ne permettra nullement de redresser significativement et à long terme la barre de notre navire icaunais en mal d’emplois. S’il prend l’eau, c’est parce que nous n’avons pas su faire venir CHEZ NOUS de nouveaux investisseurs, artisans, commerçants, labos de recherche, petites unités de fabrication, de service ou de diffusion, etc… susceptibles de remplacer des postes, dont la disparition était inéluctable et programmée !
C’est pourquoi, la suppression d’un festival culturel unique en son genre, susceptible de booster la renommée de notre région et capable d’attirer des investisseurs séduits par elle, est une très mauvaise idée pour le tourisme. Car nous avions absolument besoin de cette vitrine, dans laquelle le festival nous installait tous les ans en vetette, et devant laquelle défilaient les locomotives internationales du show biz, avec la régularité d’un horaire de chemin de fer. Ce qui forcément à la longue, crée des habitudes, des rites…
D’absurdes comparaisons
Certains, tout aussi affligés de myopie ou de strabisme, font la comparaison avec le Tour de France, qui laissera cette année, de belles retombées économiques derrière lui, et justifiera donc pleinement les investissements qu’il recevra de notre Conseil Général. Sauf que le Tour, contrairement au festival, c’est une fois ou deux une chance ponctuelle, qui ne se renouvelle pas forcément tous les ans, ni surtout régulièrement, et sur laquelle on ne peut compter à la longue, pour construire une image de marque de qualité, susceptible de créer “une référence touristique,” et de faire vendre Auxerre et l’Yonne à l’Etranger et sur notre territoire national. C’est clair.
Une promotion et un plan marketing, sur lequel on s’est abstenu de réfléchir
Alors que ce qu’il aurait fallu faire, c’était réfléchir à des moyens tous azimuts de mieux rentabiliser, mieux faire connaître une manifestation qui pesait trop lourd sur les finances annuelles du département, en suscitant une plus large participation du grand public, des élus, commerçants, banques, propriétaires de salles, municipalités, associations, agriculteurs, partenaires sociaux et autres acteurs de terrain.
Quelques idées de moyens d’action, qu’on s’est économisé de mettre en chantier
1°) On aurait pu programmer, par exemple, la rediffusion des films et concerts sur des écrans géants, qu’on aurait pu montrer le lendemain et les jours suivants, dans les champs environnants, accessibles en voiture. Et même, rediffuser en été !
2°) On aurait pu orchestrer une grande opération de publicité, marketing, faire savoir et relations publiques, qui aurait pu avoir des échos jusqu’au coeur de la capitale et en Ile de France, réservoir unique et exceptionnel de touristes de proximité.
3°) Les billets auraient pu être vendus à des foules d’automobilistes et spectateurs, qui auraient, ainsi, pu davantage participer et faire rentrer des fonds.
4°) On aurait pu, aussi, faire appel à la participation des cinémas, théâtres et salles environnants. Comme ceux de nos villages et des villes voisines, pour faire de cette manifestation au départ, purement auxerroise, un véritable festival régional, et le propulser plus large, plus haut et plus loin.
5°) On aurait pu, avant de fermer unilatéralement le robinet des subventions, demander à la société de production de ce festival, son aide active, pour mobiliser toutes les têtes d’affiche du cinéma et de la musique. De manière à créer une synergie et une meilleure exploitation de la manifestation, pour une rentabilité immédiate plus performante.
D’autant que le festival “Musique et Cinéma” d’Auxerre était le seul à mettre la musique en scène, à côté de l’image, et à promouvoir son rôle essentiel dans le succès d’un film. Que pourrait faire, en effet, les meilleurs des metteurs en scène, des scénaristes, des acteurs, sans le soutien primordial d’une belle orchestration sonore des images ? Rien ! Seul, Auxerre mettait en relief ce lien essentiel ! Et l’on vient de le massacrer.
Ce ne sont là que quelques idées qui me viennent comme ça,
sans trop réfléchir.
En conclusion
Tout cela, chère Michèle, pour te dire, ainsi qu’à mes visiteurs, que ce qui manque le plus à nos élus, et à nous tous : c’est de l’imagination, de l’ardeur au combat, de la motivation et de l’enthousiasme ! Car prendre à l’un pour donner à l’autre, n’a jamais enrichi personne. Mais c’est tellement plus facile, faute d’être forcément performant !
La vérité est que, ce qui nous manque le plus, au delà de la capacité à voir plus loin que tout à l’heure, c’est le courage d’entreprendre, d’y croire à long terme, de ne pas se décourager en chemin, même si la pente est prafois raide, d’inventer, d’ouvrir de nouvelles voies, et de se lancer éperdument dans de nouvelles aventures exaltantes et intrépides.
Mais peut-être, faudra-t-il attendre que se lève à l’horizon une nouvelle génération qui, elle, osera relever les défis de ce 21 ème siècle naissant. En attendant, on risque de plonger dans le creux d’une vague bien noire, qui pourrait nous faire tous sombrer, et dont personne ne peut dire quand nous déciderons d’en sortir ; ni même, si elle ne nous entraînera pas plus loin. Dans des conflits ne débouchant sur rien d’autre que la violence gratuite et l’appauvrissement du plus grand nombre. Mais parfois, il faut qu’un monde s’auto-détruise, pour permettre l’éclosion salutaire d’un nouveau…
Et maintenant quelques autres arguments économiques, pour vous aider réfléchir…
-Alors que le tourisme reste pour la France, (pays dont l’histoire et la culture suscitent l’enthousiasme de tant de visiteurs étrangers,) l’un des meilleurs moyens de faire rentrer des devises, n’est -il pas étonnant, tandis que notre déficit commercial explose (55,7 milliards d’euros + 37,1% en 2008 et 3000 exportateurs de moins,) que l’on sacrifie une vitrine culturelle régionale aussi significative que notre Festival ? Alors qu’elle était la seule propre à nous valoriser, aux yeux de milliards de touristes potentiels ?
-Il faut savoir que sans publicité, et sans moyens mis en oeuvre pour nous faire (mieux) connaître, le déclin est à notre porte, et la décroissance nous pend au nez. Seuls les manifestants croient que la richesse se décrète à l’Elysée et seuls, les élus ont intérêt à entretenir cette illusion.
En fait, il nous appartient, à nous tous, de nous créer les moyens de notre enrichissement régional, en nous fabriquant une rente de réputation, non pas en distribuant des piécettes aux chômeurs, mais en produisant plus et mieux, et en faisant connaître nos produits, pour les vendre. (Un monument, une ville d’art et d’histoire, comme Auxerre, est un produit touristique qu’il faut promouvoir et savoir vendre par tous moyens !)
-C’est à ce prix que l’on crée des emplois, et que l’on peut espérer voir croître notre pouvoir d’achat ! Ni les émeutes, ni les grèves, ni les manifs, (5000 personnes dans les rues d’Auxerre, le 29 janvier dernier), et encore moins les révolutions n’ont cette capacité !
A méditer, lorsque se profile à l’horizon un climat cataclysmique, susceptible de libérer des violences sous jacentes sur lesquelles soufflent le nouveau NPA : un explosif sur fond de crise, que certains pourraient bien utiliser, pour mettre le feu à la rue. Ce qui ne résoudrait rien, ne redonnerait pas d’emploi aux 1000 licenciés icaunais prochains, mais mènerait tout droit à encore plus de précarité, aux régimes de terreur, à l’appauvrissement généralisé et à la guerre.
, le 13 02 2009 - 18:25