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L'Yonne Que J'Aime: Réhabilitons la fête des fous !

Le Blog de Monica

Réhabilitons la fête des fous !

2 01 2012 - 14:03 - Monica

Le Moyen Age avait compris une chose, c’est qu’il faut, au moins 1 fois l’an, que la soupape saute ! Le 1er janvier, la fête des fous donnait cette occasion à tous !


Dans l’Yonne, à Auxerre comme à Sens, chaque 1er Janvier, et ailleurs, en fait entre le 24 décembre et le 6 Janvier, chacun était convié à participer à la fête des fous qui abolissait toutes les conventions sociales et mettait à l’honneur, réjouissances et fantaisies carnavalesques, paillardes et populaires ! Et ce, avec la bénédiction de l’Eglise qui, à l‘époque, veillait aux bonnes moeurs de la société, comme la cuisinière veille sur le lait, pour qu’il ne déborde pas.
Mais ces jour là, précisément, tous les débordements étaient permis !

Les citoyens, déguisés selon leurs inspirations les plus délirantes, singeaient les prélats et envahissaient les rues ! Même les prêtres et moines étaient de la fête et entraient dans la dérision ! Et le ton était débridé, car tout était permis. On dressait des tréteaux en place publique et sur les parvis des cathédrales, pour interpréter des petites pièces de théâtre, où tout pouvait être dit ou montré, du vulgaire au plus obscène : le grotesque, l’impie étant ces jours là, les bienvenus. C‘était l’occasion de se lâcher, de se défouler un bon coup, et l’on ne s’en privait pas ! Les 26, 27 et 28 décembre, la foule choisissait un jeune clerc et l’intronisait “évêque des fous” ! On le prenait pour cible, et l’on déversait sur sa tête, des seaux d’eau, en guise d’honneurs.

Toutes ces fêtes paillardes et subversives, qui plongeaient probablement leurs racines dans l’antiquité, (laquelle avait ses “Saturnales”, pendant lesquelles esclaves et maîtres devenaient égaux), s’inscrivaient dans un calendrier annuel qui honorait tous les membres du clergé, du plus gradé au dernier sous fifre ! A partir de Noël, les événements festifs se succédaient à un rythme soutenu, pour s’achever entre le 1er et le 6 janvier, par des fêtes des fous, qui voyaient s’inverser les valeurs sociales et où, parmi les feux de joie et les cris, les sons des fifres et des tambourins, hommes du peuples, saltimbanques, jongleurs, manants, acrobates et autres noceurs, se répandaient par les rues. Les batailles n‘étaient pas rares !

Il y avait aussi, la veille de Noël, pour ridiculiser le clergé, un office religieux satyrique et sacrilège, pendant lequel une femme entrait dans l‘église à dos d‘âne : on rendait alors hommage au seigneur l‘âne, à qui l’on enjoignait de chanter la messe, (hi han !), en lieu et place de l‘évêque ou du pape ! Cet humble animal doux mais têtu qui, d’habitude, recevait moult coups de bâtons en récompense pour avoir porté la sainte famille et le Christ sur son dos, tenait ce jour là, le rôle de la vedette !

Pendant ces fêtes satyriques et exubérantes —qui se prolongeaient par le charivari général du 6 Janvier (fête des rois)— les prêtres et moines des deux sexes, masqués et travestis, entonnant sur le parvis de l‘église, et dans les monastères, des chansons impies, entraient solennellement dans les cathédrales, peinturlurés de façon grotesque et affublés de tenues ridicules. Pendant ce temps, sur l’autel, les sous diacres s’empiffraient de saucisses et boudins et se saoulaient, en jouant aux cartes ou aux dés ! A la place d’encens, on brûlait dans l’encensoir des vieux morceaux de cuir qui empestaient. Après le “ite missa est” de la parodie de messe, tous prenaient place dans des tombereaux qui faisaient le tour de la ville, et transportaient en procession parmi des ordures, ce petit monde ecclésiastique en délire, lequel se livrait pendant le défilé, à mille contorsions lubriques et lascives.
Le 28 décembre, jour des innocents, certains se livraient à des jeux sexuels ou participaient entièrement nus à des processions, et recevaient pour leur mérite, des fessées publiques. Toutes les indécences et folies étaient permises, lors de ces fêtes populaires, où l’on improvisait des mimes et farces, buvait et dansait beaucoup ! Bref, on faisait les fous sans retenue.

La fête des fous (ou des innocents), et autres réjouissances iconoclastes étaient pratiquées dans de nombreuses villes de France et d’Europe, (notamment celles qui possédaient des cathédrales !), et se déroulèrent pendant tout le moyen âge. Mais leurs indécences allaient trop loin et, dès 1431, ces festivités furent condamnées une première fois par le concile de Bâle ! A Sens, la fête des fous prit fin vers 1445, où elle fut abolie définitivement par l’archevêque, Louis de Melun.
Durant les 15 et 16 èmes siècles, ces fêtes avant de disparaître complètement, prirent alors une tournure moins religieuse et moins extravagante, l‘église les condamnant tout de même, pour leurs excès. Les protestant ayant en horreur les débordements qu’elles autorisaient, ce furent les guerres de religion qui mirent une fin définitive à ces défoulements collectifs burlesques. La fête des fous avait vécu !

Au 21 ème siècle, en souvenir de ce festival médiéval de rue haut en couleurs de jadis, certaines associations tentent de ranimer l’esprit de la fête de l‘âne, sous une forme plus sage, et sans la liesse paillarde débordante du Moyen âge ! Il s’agit d’ événements artistiquse qui prennent une forme populaire et sont l’occasion d’organiser concerts, spectacles expositions, ateliers et foires à l‘âne ! A Sens, la compagnie Obsidienne rappellera cette fête du passé, en organisant des événements, du 12 au 25 janvier.
Il serait bon de la ranimer sous une forme bon enfant, débarrassée de ses turpitudes d’antan, et qui permettrait à tous, enfants et adultes, au moins un jour par an, de se défouler gentiment !
Elle permettrait d’une façon moderne, à côté d‘ânes finement décorés, à des citadins déguisés, d’oublier leurs soucis, dans une fête populaire et burlesque, où les délires vestimentaires les plus fous se mêleraient à une cacophonie, dans laquelle les instruments les plus étonnants seraient autorisés.
Nul doute que la foule s’y amuserait bien, sans parler des enfants !

Une conclusion en forme de poésie :

Je ne résiste pas au plaisir de vous citer les vers coquins et romantiques de Clément Marot, adressés probablement à Marguerite de Navarre, et qui cite cette fête des Innocents, pendant laquelle tout était permis :

_“Très chère sœur, si je savais où couche
Votre personne, au jour des Innocens
De bon matin, j’irai à votre couche
Voir ce corps gent, que j’aime entre cinq cents.
Adonc, ma main, vu l’ardeur que je suis,
Ne se pourrait bonnement contenter,
Sans vous toucher, tenir, tâter, tenter.
Et si quelqu’un survenait d’aventure,
Semblant ferais de vous innocenter :
Serait-ce pas honnête couverture ?”_

Monica, le 2 01 2012 - 14:03

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Parisienne, Monica a un jour, posé ses valises dans ce petit coin de Bourgogne et a appris à l’aimer. Son voeu est de vous faire partager ses coups de coeur. Longtemps journaliste, elle aime aujourd’hui recevoir en toute convivialité amis et visiteurs dans sa Maison Meublée d’Auxerre, Les Violettes où elle a ouvert trois charmantes chambres d’hôtes… Pour le plaisir de partager sa belle région avec ses visiteurs et amis de passage.


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