Poëmes & chansonsChanson d'automne : Verlaine et Rimbaud 6 02 2007 - 17:05 - monica
Verlaine et Rimbaud,
la complainte des amants maudits Une improbable rencontre… Si Rimbaud, ce “voyageur aux semelles de vent” me fascine, c’est sans doute justement à cause de l’insolence de sa jeunesse aventureuse et de ses frasques, dûment consignées dans de multiples rapports de police. Enfant à la beauté sauvage, fantasque et farouche, amoureux des horizons lointains, il voyagea vers des rivages exotiques, mais avant, fit une rencontre sulfureuse avec un certain Verlaine, poète à la vie troublée, et ambiguë, plus âgé et fort débauché. Verlaine, un amant violent, à la sensualité exacerbée Les “Romances sans paroles” de ce dernier, (composées entre 1872 et 1873,) que le poète a voulu dédier à son amant, nous touchent aujourd’hui par leur impressionnisme. Mais ne nous renseignent guère sur la véritable personnalité de leur auteur, que nos maîtres se gardaient bien de nous révéler !
Enfant, je les étudiais sagement à l’école, et les apprenais par coeur, tant ses ariettes étaient belles, tout en ignorant qu’elles avaient sans doute été écrites un soir de beuveries, dans un estaminet crasseux, sur un comptoir en zing, où l’absinthe coulait à flots Et pourtant, des vers sublimes… Ne suffit-il pas d’entendre à nouveau Et comment, à travers ces vers délicats imaginer que l’auteur des Une passion violente et sauvage Paul Verlaine à la trentaine déjà fatiguée et le front dégarni, lorsqu’il rencontre le sauvageon Rimbaud. Sans doute, le jeune poète fougueux tourne-t-il la tête du bourgeois marié dévergondé qu’est Verlaine. En tout cas, celui-ci en oublie que Mathilde, sa jeune femme, vient d’avoir un bébé. II l’abandonne sans scrupule, pour se lancer dans une scandaleuse aventure avec le jeune Rimbaud, âgé d’une vingtaine d’années, qu’il rejoint le 11 Juillet 1873, à Bruxelles. ![]() La rencontre se termine mal. Oh, “triste triste était son âme,” sans doute, ce soir là, mais pas à cause d’une femme ! Leurs amours sauvages, on l’aura compris, seront rythmées de cris, de pleurs et de ruptures, épiques et ravageuses. illuminées de folie, de tendresse, de violences, mais aussi baignées d’absinthe !
Les amants terribles Si Rimbaud, le révolté, avait l’insolente beauté de la jeunesse et la grâce d’une intelligence rapide et vive, Verlaine, son aîné, n’avait pas le physique de l’emploi, pour inspirer une passion aussi ravageuse ! Et pourtant, leurs auteurs furent des poètes sublimes, dont nous ne nous lassons pas d’entendre et de réciter les vers avec extase. Tant ils nous enchantent, loin des agissements obscènes, des orgies et des délires ignominieux arrosés d’alccol, dont furent remplis leurs vies de soûlographes ! Ci-dessous, leur muse : l’absinthe, ne fut pas étrangère à leurs délires et leur folie furieuse ! Peu importe au fond qu’ils furent saints ou débauchés, puisqu’ils nous ont laissé des poèmes d’une beauté sublime. Je regrette seulement que l’école, jadis, crut devoir se montrer si discrète sur leurs vies de bâtons de chaise. C’eût été plus honnête que ce flou artistique dont notre imagination d’enfant a dû combler le vide de vies dont on ne nous avait rien dit au lycée, par pudibonderie déplacée. *Heureux aujourd’hui de pourvoir honorer leur mémoire Au delà des vertiges passionnels et de l’ignominie de certains épisodes de leurs vies, votre Monica espère qu’on laisse les jeunes d’aujourd’hui, découvrir avec délice les vers de ces deux géants, qui nous transportent et nous enivrent l’âme, sans rien leur laisser ignorer des turpitudes leurs auteurs. Ne serait-ce pas la meilleure façon de leur rendre l’hommage qui leur est dû ? Deux poèmes maintenant, pour vous faire aimer Verlaine Celui-ci, je l’adore, à cause de sa douce langueur, de la monotonie d’un jour de pluie, qui nous remplit l’âme de vapeur rêveuse… Il faut croire que celle d’absinthe ont des vertus poétiques… Il pleure… Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ? __________________________________ Ô le frêle et frais murmure Cela gazouille et susurre, Cela ressemble au cri doux Que l’herbe agitée expire.. Tu dirais, sous l’eau qui vire, Le roulis sourd des cailloux. (Extase langoureuse, extrait) _________________________________ Ô triste, triste était mon âme
À cause, à cause d’une femme. ______________________________________________ Rimbaud, la révolte dans l’âme, voulut toujours “aller plus loin”, il était à la fois le visionnaire et le rêveur d’un monde à inventer, pour changer la vie ! A ce titre, il est toujours d’une furieuse actualité ! Car quel poète ne voudrait pas tailler en pièces l’ordre si injuste des choses ? Pour trouver un bonheur peut être inaccessible, mais qui ne cesse de nous appeler et de nous faire rêver. J’aime ce poème pour sa fraîche jeunesse et l’amour de la vie qui s’en dégage.
Au cabaret vert Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure! – Rieuse, m’apporta des tartines de beurre, Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse A. Rimbaud- Octobre 1870 _______________________________________ Bien qu’il soit aussi connu qu’un poème peut l’être, “Le dormeur du val” est un must, dès qu’on parle de Rimbaud, et me semble-t-il, d’une brûlante actualité. Le Dormeur du val C’est un trou de verdure, où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent; où le soleil, de la montagne fière,
Luit: c’est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme Les parfums ne font pas frissonner sa narine. _______________________________________ Le bal des pendus Quelques extraits, pour vous donner envie d’en découvrir plus… Messire Belzébuth tire par la cravate Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles: Hurrah, les gais danseurs qui n’avez plus de panse! Hurrah, la bise siffle au grand bal des squelettes! Oh! voilà qu’au milieu de la danse macabre Il crispe ses dix doigts sur son fémur qui craque Au gibet noir, manchot aimable, A/ Rimbaud- Juin 1870 Pour moi, Arthur Rimbaud est LE poète par excellence. C’était un génie, il fut un enfant précoce comme Mozart; et remporta très jeune des prix de littérature. Pour ce révolté dans l’âme, la poésie est un moyen d’expression unique, une sorte de drapeau qu’il brandit et s’il l’abandonne; dès l’âge de dix-neuf ans, il le fait comme un enfant qui jette un jouet ! Peut être, était-ce aussi qu’il était tout simplement temps de passer à des choses plus sérieuses, comme le commerce ! Jean Nicolas Rimbaud a eu la vie qui lui ressemblait : mouvementée, faite de fugues et de bohème, une improbable quête d’errance et de voyages. Il a laissé derrière lui ses poèmes, comme le Petit Poucet, des cailloux… A nous d’essayer de redécouvrir son chemin, en nous glissant dans son sillage. , le 6 02 2007 - 17:05 |
Les “Romances sans paroles” de ce dernier, (composées entre 1872 et 1873,) que le poète a voulu dédier à son amant, nous touchent aujourd’hui par leur impressionnisme. Mais ne nous renseignent guère sur la véritable personnalité de leur auteur, que nos maîtres se gardaient bien de nous révéler !
“Sanglots longs” puisse avoir été un homme violent d’une rare laideur, un ivrogne adultère qui battait et injuriait son épouse, un repris de justice et un dandy égaré à la sensualité ravageuse ?
Paul Verlaine à la trentaine déjà fatiguée et le front dégarni, lorsqu’il rencontre le sauvageon Rimbaud. Sans doute, le jeune poète fougueux tourne-t-il la tête du bourgeois marié dévergondé qu’est Verlaine. En tout cas, celui-ci en oublie que Mathilde, sa jeune femme, vient d’avoir un bébé. II l’abandonne sans scrupule, pour se lancer dans une scandaleuse aventure avec le jeune Rimbaud, âgé d’une vingtaine d’années, qu’il rejoint le 11 Juillet 1873, à Bruxelles. 
La rencontre se termine mal. Oh, “triste triste était son âme,” sans doute, ce soir là, mais pas à cause d’une femme ! Leurs amours sauvages, on l’aura compris, seront rythmées de cris, de pleurs et de ruptures, épiques et ravageuses. illuminées de folie, de tendresse, de violences, mais aussi baignées d’absinthe !
Ses traits étaient déjà bouffis par l’alcool, il avait le front haut et dégarni par une calvitie avancée. Sans doute Rimbaud, le jeune provocateur, apportait-il à Verlaine un vent de fraîcheur, de liberté et la force de son génie précoce en diable comblait-elle les rêves les plus fous du poète ! Ceci explique certainement leur liaison tumultueuse qui les conduisait à terminer leurs nuits de folie, passées dans un morne garni, dans des aubes grises et des estaminets sordides, où ils finissaient de cuver leur vin. Tristes noces ! 
(Ci-contre, dessin de Rimbaud par Verlaine)
C’est un trou de verdure, où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent; où le soleil, de la montagne fière,
Luit: c’est un petit val qui mousse de rayons.
(Fresques murales “la danse macabre” visibles dans l’église de la Ferté, en Puisaye, à 20 km d’Auxerre.)


