Poëmes & chansons

F. Villon, mauvais garçon et poète maudit

23 04 2006 - 11:25 - monica

Biographie

Je l’aimais enfant, ne sachant rien de lui, si ce n’est que je trouvais belles ses évocations de Blanche la Savetière et sublimes, ses vers, où il nous appelait “frères humains,” en nous priant, (puisque nous vivrions plus d’un demi-millénaire après lui !) de ne point avoir contre lui, le maraud, le coeur trop endurci !

Vous avez deviné, je pense, de qui je parle, n’est-ce pas ?
Ah, un indice supplémentaire : c’était un poète maudit !


Mauvais garçon, et poète maudit

Bien sûr, François Villon, de son vrai nom François de Montcorbier ou des Loges, n’a rien à voir avec notre belle région, puisqu’il vivait plutôt du côté d’Orléans, (la région de mon père, enterré à Mareaux aux Prés, Loiret). Mais, si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce qu’il fut, depuis mes douze ans où je le découvris, l’un de mes poètes favoris.

Or, il se trouve qu’un livre vient de lui rendre hommage.

Alors, je me suis dit que ce serait une bonne idée de saisir cette occasion, pour vous dire deux mots de lui, mon bien-aimé.

Une époque terrifiante

Il vint au monde, à peu près au moment où Jeanne finissait en cendres et fumée à Rouen, soit en 1431, en une époque affreuse. Ah, le beau temps d’avant, où de cruels évêques faisaient coudre sur leur manteau, les langues de ceux dont ils avaient obtenu les aveux sous la torture, au nom de Jésus, bien sûr ! (Vous imaginez l’affreux labeur !)

Emprisonné à Meung sur Loire, il n’en sortit vivant que par la grâce du roi Louis XI !

Notre jeune poète, (voleur, assassin et voyou) connut les plus sombres cachots et les prisons les plus sordides, fréquenta des loubards aux moeurs terrifiantes et débauchées, qui exigeaient de leurs nouvelles recrues, qu’elles commettent un crime devant témoin, et livrent à la bande, rien moins que… leur bien aimée, pour de monstrueuses tournantes, qui finissaient le plus souvent dans des bains de sang.
Oui, terrible époque, que celle de ces écorcheurs, bandits de grand chemin et amateurs de ribaudes !

Et malgré tout…de sublimes ballades...

Mais, si François fut assurément un mauvais garçon, puisqu’il finit ses jours vers 1463, à l’âge de 32 ans, avec le “P” de l’infamie, marqué au fer rouge sur le front, il fut aussi pour moi, l’auteur génial des plus sublimes ballades qu’on écrivit jamais !

Bien sûr, vous avez deviné si, comme moi, vous aimez la poésie : il s’agit de cet expert en geôle, que fut François Villon, auquel Jean Teulé vient de consacrer une biographie, que je vous recommande de lire.

Biographie d’un “bad Boy”

Difficile aujourd’hui, d’imaginer ce “bad boy” qui pour moi, ne pouvait pas être entièrement mauvais. Si non, comment aurait-il pu écrire, si jeune, des vers aussi beaux que ceux de sa célèbre ballade des pendus où, il nous invoque en ces termes :

Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis….
De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Débauché et sublime poète !

Génétiquement programmé pour mal tourner, on sait que s’il échappa moult fois à la potence, ses parents ne valurent guère mieux que lui. Son père finit sur l’échaffaud et sa mère fut probablement enterrée vive, comme il sied à une voleuse. (Douce époque, à propos, où les émeutes d’étudiants étaient réprimées…à coups de hache !) Bref, il avait de qui tenir !

Mais sauvé, à l’âge de 5 ans, par un homme de foi

C’est donc probablement son père adoptif, Guillaume de Villon, Chanoine de Saint-Benoît-le-Bétourné, qui sut lui transmettre cette foi lumineuse en Dieu, qui nous touche si profondément et qui illumine ses poèmes, aussi sordides que soient les sujets qu’il y aborde ! Si Dieu semble lui avoir toujours apporté du réconfort, les femmes semblent aussi l’avoir touché ! J’aime beaucoup, comme Brassens qui mit le poème en chanson en 1953, l’entendre évoquer “Flora la belle Romaine, qui eut beauté plus qu’humaine, et la reine Blanche comme un lys, qui chantait à voix de sirène, ou Jeanne, la bonne Lorraine, qu’Anglais brulèrent à Rouen,” évoquant aussi, non sans nostalgie, la Vierge souveraine, tout en se demandant, de manière si poignante : “mais où sont passées les neiges d’antan ?”

_______

“Je, François Villon”, par Jean Teulé.
Editions Julliard, 416 pages. 20 euros.

, le 23 04 2006 - 11:25

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