Souvenirs d’enfance

Les beaux dimanche à Villeneuve-la-Guyard

18 05 2006 - 13:16 - Monica

Si je vous parle de Villeneuve-la-Guyard, aujourd’hui, c’est pour vous raconter nos promenades d’antan, en barque sur l’Yonne, (avec tonton ! ) jusqu’au barrage, que je regardais toujours approcher, non sans anxiété. Allions-nous pouvoir nous arrêter à temps ? Et s’il prenait à la rivière, en apparence si sage et si lisse, l’idée saugrenue de nous aspirer, à cet endroit précis, où l’eau semblait basculer et qui pour moi, revêtait un danger informulé, mais certain.


Nostalgie

Lorsque j’étais enfant, aller chez Tonton, passer le dimanche à Villeneuve-la- Guyard, était une aventure exaltante ! Mon oncle Lucien, et ma tante Thérèse, avaient acheté, en viager, à une très vieille demoiselle, pour y passer leurs week-end et une retraite heureuse, une jolie maison de style début de siècle. C’était, en venant de Paris, à droite, la dernière grande et belle maison du village, en direction de Sens ! (Si vous la reconnaissez, merci de m’envoyer une photo ! Elle ne doit pas avoir beaucoup changé !)

La route après, se faufilait toute bleue, toute droite, entre deux rangées rectilignes de grands arbres. Elle longeait une voie ferrée, où l’on apercevait de l’autre côté, de temps en temps, filer un train. Où allait-elle ? Vers quelle direction inconnue ? Mystère ! Nous, on s’arrêtait là. C’était l’éternel terminus de nos beaux dimanches à Villeneuve.

La maison, à la sortie du village

On poussait la grande grille noire. Il y avait, sur le devant, un jardin plutôt ennuyeux dans sa banalité, comme c’était la mode, au début du siècle dernier. Vous savez, avec une allée bêtement gravillonnée, et un parterre stupide, trônant au milieu. Tout au fond, la maison de Tonton se dressait fièrement, et je la trouvais plutôt belle. Mais nous, les enfants, ne nous y aventurions jamais, dans ce jardin, de peur d’y rencontrer la vieille demoiselle Deveneaux, qui nous regardait silencieusement, depuis le seuil de son petit chez-elle, au rez-de-chaussée.

Derrière la maison, c’était la chasse gardée de mon oncle. Avec amour, Tonton y soignait son potager et son verger, que la construction de la bretelle de la Nationale 6, avait amputé d’un gros morceau. Il en avait pleuré de rage !

Un verger, comme on en fait plus

Il faut dire que mon oncle avait, pour ses fruits et légumes, la tendresse d’une mère : il les dorlotait, comme une poule, ses petits, et veillait sur leur croissance avec un soin attentif. ! Je me souviens de ses belles pommes vertes et brillantes, qu’il nous rapportait par cageots entiers, fier comme Artaban ! Et des fraises, rebondies comme des joues, délicieuses et sucrées, que j’allais cueillir subrepticement, le dimanche soir, juste avant de reprendre la route de la maison, (et de l’école !) Péchés de gourmandise qui me valaient, le lendemain, une crise d’urticaire à vous arracher la peau. Et je ne vous parle pas de ses cerises, dont le jus noir et collant coulait sur nos chemisiers blancs. On s’en faisait des ventrées.

Dimanche à la campagne

Et lorsque Papa, à notre grand désespoir, sonnait l’heure du départ, (qui venait toujours trop tôt, !) il fallait voir la tête de Maman, devant nos bouilles maculées de tâches, nos joues presque bleues, et nos tenues endimanchées déchirées ! Un jour, à force de l’avoir secouée, c’est carrément toute la branche qui nous est tombée dessus ! Papa dut nous extraire de l’embrouille, noyés de feuilles, vautrés parmi les énormes cerises noires écrasées. On était beaux à pleurer !

Le dimanche midi, c’était la tradition : on allait déjeuner à Port-Renard, juste devant le petit port, où Tonton avait sa barque. Sagement attachée à la rive, peinte en vert, tout comme ses voisines, qui se prélassaient entre les roseaux. A croire, qu’il n’y avait qu’une seule peinture possible pour les barques. C’était vert, point ! Je ne savais jamais laquelle c’était, vu qu’elles se ressemblaient toutes, comme des soeurs siamoises. Mais Tonton, lui, distinguait immédiatement la sienne, à je ne sais quel détail invisible à nos yeux profanes. Sûrement, qu’il l’attachait toujours au même pieux !

Retour vers Paris

Toujours est-il, que s’y glisser était périlleux, et qu’il ne fallait pas louper son coup. Une fois dedans, ça tanguait et il n’était pas rare que de l’eau vienne mouiller nos chaussures. Je m’asseyais toujours prudemment au fond et hurlais, quand mon frère menaçait de nous faire chavirer, au milieu de la rivière ! Pendant que maman nous faisait de grands signes, pour qu’on rentre. Nous, on faisait semblant de ne pas la voir, et espérions secrètement, que notre oncle en ferait autant. Mais c’était évidemment peine perdue ! J’avais beau me cacher derrière une commode, une fois que Tonton nous avait ramenés à Villeneuve, et faire la morte, lorsque ma tante faisait semblant de me chercher : il fallait bien se résoudre à l’inévitable et, la mort dans l’âme, reprendre le chemin de Paris, et de la maison. Beurk ! Je détestais la ville, l’école et, par dessus-tout, la maîtresse qui nous attendait, le lendemain, lundi ! Jour funeste, s’il en est, et dont la seule perspective me donnait le cafard. C’était la seule ombre au tableau !

En rentrant, je me perdais silencieusement en rêverie, devant le défilé inexorable des champs, et lorsqu’on dépassait Cannes-Ecluse, je savais que la belle vie était finie.

Monica, le 18 05 2006 - 13:16

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